Rachid FARES : Le Maroc face à l’épidémie du nouveau Coronavirus

L’histoire des épidémies est révélatrice de peurs, parmi l’ensemble des menaces diffuses qui pèsent sur l’individu, l’épidémie tranche par son caractère soudain, brutal et collectif, elle se manifeste comme une catastrophe dans la vie quotidienne. On la distingue alors de la maladie chronique, qui peut fragiliser l’individu, alors que la maladie infectieuse semble affecter le groupe social de l’extérieur, sa capacité à passer de corps en corps met au défi les conceptions établies de la société.

L’épidémie estalorsl’occasiondecartographierlesespacesetlescorpsquis’yinscrivent, le savoir sur les épidémies produit par les sociétés  a été décrit comme marquant le passage de la peur à la maîtrise, du peuple, affecté uniformément, à la population, considérée dans ses variabilités.

La révolution microbiologique et le progrès biologique du 20éme siècle ont découvert sous l’ampleur des contagions collectives les régularités des relations entre les hommes et les microbes, on pouvait manipuler les bactéries puis les virus dans un laboratoire, donc on a eu la possibilité des manipulations  génétiques des virus ,de mettre en place des vaccin ,des traitements , hélas cette période d’optimisme est confronté à plusieurs apparitions de nouveaux virus très contagieux, selon l’Organisation mondiale de la santé(OMS) « Une nouvelle maladie infectieuse fait son apparition chaque année dans le monde. Et tous les cinq ans, l’humanité subit une crise majeure due à l’émergence ou à la ré-émergence d’un virus»,

On note plusieurs affections émergentes apparues ou réapparues ces dernières décennies: la maladie due au virus Ebola, l’infection par le virus Zika, le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et le syndrome respiratoire du Moyen-Orient – tous deux causés par des coronavirus–, ou encore la pandémie due au virus de la grippe A (H1N1), ces entités pathologiques d’origine virale, caractérisées par de très grandes disparités: taux de mortalité, «taux d’attaque» (proportion de la population infectée par le virus), éventail des modes d’expression clinique, facteurs de risque d’infection, âge des cas infectés, zones géographiques, modalités d’évolution et d’extinction des flux épidémiques.

Ces maladies, chacune à sa façon, ont suscité des phénomènes de peur collective, parfois de panique, conduit à des mesures sanitaires, entraîné des réactions politiques, sociales et diplomatiques diverses. Toutes ont en commun d’avoir eu un important impact économique (négatif) sur les pays concernés. On ajoutera ici les crises de la maladie de la «vache folle» (encéphalopathie spongiforme bovine), due à un prion pathologique transmissible de l’animal à l’homme, qui contribuèrent à modifier certains comportements alimentaires.

L’épidémie du nouveau coronavirus 2019 (maintenant appelé SARS-CoV-2, à l’origine de la maladie Covid-19) s’est étendue de Wuhan dans toute la Chine et a été exportée vers un nombre croissant de pays, dont certains ont connu une transmission continue. Les premiers efforts ont porté sur la description de l’évolution clinique, le comptage des cas graves et le traitement des malades. L’expérience du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), de la grippe pandémique et d’autres flambées a montré que, à mesure qu’une épidémie évolue, les professionnels de santé sont confrontés à un besoin urgent d’étendre les activités de santé publique afin d’élucider l’épidémiologie du nouveau virus et de caractériser son impact potentiel. L’impact d’une épidémie dépend du nombre de personnes infectées, de la transmissibilité de l’infection et du spectre de gravité clinique. Ainsi, plusieurs questions sont particulièrement critiques.

Au Maroc, depuis l’apparition de l’épidémie, quelques cas ont été enregistrés dans le Royaume. Parallèlement, le Royaume a pris plusieurs mesures  pour faire face à la crise du coronavirus et  prendre les précautions nécessaires pour freiner sa propagation, même si le Maroc est toujours dans une première phase de l’épidémie avec 617 cas à ce jour, de nombreuses mesures ont été décidées pour éviter l’avancée inexorable du nouveau coronavirus, qualifié de pandémie par l’OMS.

  • La suspension des vols aériens et des liaisons maritimes à destination et en provenance des pays considérés comme des foyers épidémiques.
  • La suspension jusqu’à nouvel ordre de tous les vols internationaux de passagers en provenance et à destination de son territoire.
  • La fermeture de toutes les frontières
  • L’interdiction des rassemblements publics de plus de 50 personnes et annulation tous les événements et rencontres sportifs, culturels et artistiques.
  • La suspension jusqu’à nouvel ordre des cours dans tous les établissements scolaires et universités(public et privé) à partir de lundi 16 mars, dans le cadre de la lutte contre la propagation de la maladie.
  • La fermeture de plusieurs lieux de grands rassemblements. Il s’agit des cafés, restaurants et des hammams qui seront fermés, cette décision a concerné aussi les salles de cinéma et de théâtre, les salles de fête, les clubs et salles sportifs, les salles de jeu et les terrains de proximité. toutefois cette fermeture n’a pas concerné les marchés publics, les commerces et les magasins de vente de produits et matériaux de première nécessité.
  • Côté religieux, le conseil supérieur des Oulémas a recommandé dans un avis religieux (fatwa) la nécessité de fermer toutes les mosquées du Maroc, aussi bien pour les cinq prières que pour la prière du vendredi.
  • Dans le registre économique, le Roi Mohammed VI a donné instruction dimanche au gouvernement de procéder à la création immédiate d’un fonds spécial dédié à la gestion de la pandémie, ce fonds sera réservé d’une part à la prise en charge des dépenses de mise à niveau du dispositif médical, en termes d’infrastructures adaptées et de moyens supplémentaires à acquérir dans l’urgence, il servira, d’autre part, au soutien à l’économie nationale, via une série de mesures qui seront proposées par le gouvernement, notamment en termes d’accompagnement des secteurs vulnérables aux chocs induits par la crise, tels que le tourisme, ainsi qu’en matière de préservation des emplois et d’atténuation de ses répercussions sociales.
  • La mise en place d’un comité de veille économique afin d’anticiper sur les répercussions directes et indirectes de la crise sanitaire du Covid-19 sur l’économie nationale, ce comité est chargé de suivre de près l’évolution de la situation économique à travers des mécanismes rigoureux de suivi et d’évaluation, et d’identifier les mesures appropriées en termes d’accompagnement des secteurs touchés.
  • Sur le plan sanitaire le Maroc a mis en place un Plan national de veille et de riposte à l’infection par le Coronavirus qui vise à :
  • Prévenir l’introduction sur le territoire national du 2019-nCoV;
  • Détecter précocement les cas et contenir la propagation ;
  • Organiser une réponse nationale adaptée du système de santé ;
  • Renforcer les mesures de prévention et de contrôle de l’infection en milieu de soins.

le Maroc a entretenu  des mesures anticipatives importantes pour faire face à cette épidémie, privilégiant la prévention contre l’augmentation des nombres des cas contaminés, en instaurant des mesures de confinement strictes pour la population, et aussi en mobilisant son système  national avec ces composantes (public, privé et militaire) pour optimiser ses capacités en matière de dépistage et de prise en charge des cas confirmés.

L’épidémie est d’abord une menace pour l’ordre public, qu’elle trouble de ses différents bords. En fragilisant l’ordre social et économique, une maladie entre en corrélation avec d’autres, qui peuvent venir de l’intérieur ou de l’extérieur de la société. Les réponses à la menace permettent de mesurer l’épreuve que constitue l’épidémie pour une société. Au Maroc comme ailleurs, la société et ses élites peuvent d’abord recourir au large éventail des pratiques qui débutent par la fermeture des frontières jusqu’au confinement total ou partiel de la population.

On peut distinguer deux aspects de la réflexion épidémiologique, l’épidémie comme une crise de sur morbidité (niveau phénoménologique)  ou comme une propagation démographique et économique (niveau sociologique), l’épidémie constitue en effet toujours une épreuve pour la souveraineté du pouvoir, qui instaure des mesures visant à redéfinir l’espace sur lequel il s’exerce avec légitimité. La quarantaine, l’isolement, le confinement sont des façons d’exclure l’individu suspect, et ainsi de rétablir une frontière entre le sain et le malade, dans cette situation la santé publique apparaît alors comme une façon pour le pouvoir d’affirmer sa souveraineté sur un territoire.

Le savoir épidémiologique a progressivement imposé une dimension d’anticipation dans la gestion des épidémies : il ne s’agit plus de changer les conduites qui ont causé la maladie, on passe à une protection des frontières de la  communauté grâce aux quarantaines, aux cordons militaires succède ainsi  un ensemble d’efforts orientés vers l’amélioration des équipements sanitaires ainsi que vers une modification des comportements de la population, Cette dimension d’anticipation, aujourd’hui au cœur des politiques internationales de santé.

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