Sexisme et sous-représentation politique des femmes au Maroc ( Note sur la trajectoire des mobilisations féministes en quête de la parité )

Fatima Khaoulani Idrissi

Chercheuse en sciences politiques. Faculté des Sciences Juridiques Economiques et Sociales Rabat-AGDAL Et au Centre d’Etudes et de Recherches en Sciences Sociales (CERSS)

Au Maroc, le débat sur l’égalité politique est apparu pratiquement dans le même temps que la requête de la réforme de la Moudawana, sans avoir toutefois la force d’enjeu que représentait à l’époque cette dernière. Sans abandonner le combat pour une modification du code de statut personnel et son harmonisation avec les conventions internationales relatives aux droits humaines, un espace complémentaire et  parallèle  de revendication[1],  de réforme et de modernisation est ainsi ouvert  mettent en scène la crise de la sous-représentation politique des femmes et remettant en cause la question du partage des sphères publique et privée tel qu’il s’est constitué historiquement au détriment des femmes.

La revendication de la parité, résultant du croisement de différentes manières de problématiser la cause des femmes en politique depuis les années 90, devient un nouveau slogan qui se diffuse et s’impose comme la grammaire légitime pour dire le partage égal du pouvoir en politique et pour renforcer la démocratie qui reste mutilée sans une réelle présence des femmes. La perspective « parité » a connu, grâce aux mobilisations féministes une acclimatation remarquable dans le champ politique, au point d’être traduite en dispositif constitutionnel du 2011, les débats qui l’ont devancé, ont permis de rendre la présence des femmes dans la sphère politique primordiale voire incontournable pour la démocratisation de la société.

L’ irruption des luttes en faveur de la parité sur la scène publique constitue à bien des égards une rupture avec les procédés de quota,  dont on a entrepris d’éclairer les enjeux et les logiques sociales et de repérer les formes, les pratiques militantes  et les registres des luttes paritaires tout en mettant l’accent sur les logiques de croisement des perceptions vers la problématisation de la cause des femmes en politique  et appréhendant  les motifs et motivations d’engagement pour la parité.

La question principale qui anime ce travail est de savoir comment le principe de la parité a émergé dans les sphères politique et publique sous l’impulsion des associations féministes et de leurs mobilisations. Pour appréhender cette question, nous avons adopté une méthodologie qualitative conciliant divers instruments de recherche en sciences sociales et méthodes d’investigation. Cette approche est balisée par l’examen et la revue d’une bibliographie et des travaux qui traitent des questions ayant rapport avec le phénomène objet d’étude. La revue documentaire est soutenue par une observation systématique, mais désengagée. Cet instrument issu des méthodes de l’anthropologie[2] nous permet d’observer et de décrire sans tenir compte des considérations subjectives de l’état des lieux du militantisme féministe pour la parité.

L’analyse du matériau documentaire est complétée par une série des récits de vie[3] avec des actrices ayant pris position publiquement pour la parité. Les récits de vie entant que méthode qualitative congruente pour appréhender le sens des phénomènes humains à travers leurs temporalités[4], permettant de tracer les trajectoires[5] sociales, les carrières militantes et les expériences personnelles de certaines actrices leaders dans les régions de Rabat -Salé-Kénitra et  Casablanca-Settat , qui sont à l’avant-garde des mobilisations en faveur de la parité. Il est également procédé à la collecte des données qualitatives par le moyen d’entretiens semi directifs approfondis auprès des actrices leaders au niveau des associations féministes les plus actives et coordinatrices des coalitions et réseaux défendant la parité. Nous marquons ainsi une préférence pour des militantes ayant acquis une certaine visibilité sociale, que ce soit par le caractère public de leur engagement ou par celui de la répression dont ils ont subi au cours de leurs parcours de militantisme.

1- L’irruption des mobilisations associatives pour la parité

Parallèlement aux dynamiques militantes initiées par les associations féministes sur la question de la sous-représentation des femmes dans la sphère politique, la prolifération des recherches et études et le développement d’une expertise sur la question des femmes au pouvoir ont joué un rôle important dans la genèse de la revendication de la parité. Ces études diagnostiquant l’état des lieux de la féminisation de la vie politique permettent aussi d’analyser les facteurs influençant le partage du pouvoir politique entre les sexes.  Au fil du temps, ce travail a permis la constitution d’un corpus de connaissances savantes sur la question des femmes en politique. D’autres part, l’expertise des organisations internationales sur la question de la représentation politique des femmes offrant également des schèmes et répertoires d’analyse pour penser la cause de la représentation politique des femmes en s’inspirant de leurs expériences.

La revendication du partage du pouvoir politique a constitué un facteur générateur de mobilisation de configuration organisationnelle et pragmatique du mouvement féministe Marocain[6]. Plusieurs initiatives ont le mérite de poser la crise de l’exclusion politique des femmes et de proposer des mesures constitutionnelles, institutionnelles et légales susceptibles d’assurer le partage du pouvoir politique et rendre effective l’égalité entre les hommes et les femmes devant la loi. Les premières associations à avoir posé explicitement la question des droits politiques des femmes sont l’organisation des femmes istiqlaliennes (OFI) et l’Association Démocratique des femmes du Maroc (ADFM).

La première a revendiqué le quota[7], lors du conseil national des femmes istiqlaliennes en novembre 1996 afin  de promouvoir les candidatures féminines. Latifa Bennani, figure emblématique de cette organisation, a invité l’Etat et les partis politiques à prendre l’engagement d’assurer la représentativité des femmes dans toutes les institutions élues. Elle a précisé que: «Les quotas ne sont qu’une mesure provisoire d’urgence…L’égalité des chances sera plus réelle »[8]. Le communiqué de l’OFI  a insisté sur la nésite de créer le Haut conseil de la femme, le respect des conventions internationales ratifiées par le Maroc et l’introduction d’un quota de 20% des femmes aux élections. Toutefois, l’intérêt de l’OFI pour que les femmes s’investissent dans le politique n’était malheureusement pas fondé sur la compréhension des racines des résistances et de marginalisation caractérisant le champ politique.

Dans cette conjoncture caractérisée par la résistance incontestable du champ politique au partage du pouvoir, six associations ont adressé le 2 juillet 1996, à l’occasion de la révision de la constitution, une lettre au Roi Hassan II. Ce collectif lui proposant la révision de certains articles du texte constitutionnel dans le but d’introduire le principe d’égalité entre les hommes et les femmes et l’inscription du projet d’un Haut conseil de la femme qui aura pour mission de coordonner entre différentes instances gouvernementales, politiques et civiles et d’élaborer une véritable stratégie pour promouvoir la représentation des femmes dans la vie politique[9].

L’année 1996 était significative en termes d’actions revendiquant la féminisation de la sphère politique comme condition pour la pleine citoyenneté et l’approfondissement de la démocratie. En effet, un collectif d’associations des femmes  a élaboré, le 31 décembre, un mémorandum visant la révision du code électoral en proposant qu’il introduise le scrutin de liste aux élections communales et législatives, avec une mesure de quota imposant 20% au moins de femmes candidates dans chaque liste[10].

De sa part, et dans la même lignée, ADFM a créé le 20 mars 1992,suite à un colloque qu’elle a organisé sur « Les femmes et la politique », un comité national pour la participation des femmes à la vie politique ». Il s’est donné pour objectif de mener une campagne de sensibilisation et de plaidoyer pour le droit d’accès des femmes au Parlement. L’association a présenté, par la suite à l’occasion de la révision constitutionnelle du 1996, un mémorandum insistant sur la nécessité d’intégrer dans la constitution le principe d’égalité dans tous les domaines.  Khadija Errabah a précisé, dans ce cadre, que : « Cette initiative a donné ses fruits par l’accès de quatre Femmes au gouvernement alors que, la stagnation du nombre des femmes au parlement était résultante de l’hostilité des partis politiques au mécanisme de quota. Au fait, les formations politiques qui ont généralement la responsabilité de présenter des candidatures prennent peu en compte le potentiel féminin, d’autant plus que la question de l’égalité hommes-femmes a été souvent relégué en second plan ».

Dans le même registre d’idées, les entrepreneurs du Plan d’Intégration de la Femme au Développement PNIFD ont proposé, dans l’axe lié aux mesures spéciales destinées à réduire les décalages et à améliorer la représentation des femmes dans les différentes instances (parlement, partis politiques, syndicats) la révision de la loi électorale, les statuts des partis politiques et des syndicats en vue d’y introduire une mesure garantissant un quota de 33% des femmes dans les instances de décision. La controverse violente qu’a suscité le débat idéologique sur le Plan , qui a bien brouillé les frontières entre les partis politiques de gauche (socialistes et communistes), les nationalistes et les islamistes, a montré à quel point il est dérangeant de toucher au système patriarcal mis en place. L’échec de ce plan a bien explicité aux différentes forces vives démocratiques de modernisation et du progrès social,  l’importance de revenir à des pratiques de militantisme combinant le plaidoyer auprès des décideurs à une action de proximité orientée vers la diffusion progressive des valeurs démocratiques et paritaires[11].

En dépit de leurs limites, ces initiatives dénotent une prise de conscience croissante que l’approfondissement de la démocratie reste tributaire de l’instauration d’une véritable égalité. Celle-ci passe nécessairement par la garantie de la pleine citoyenneté et l’égale représentation des femmes dans les instances de décision politique. Elles illustrent également l’idée que seule la loi est désormais capable de changer la réalité de l’exclusion des femmes de la vie politique perdurant près d’un demi -siècle. Toutefois, la loi comme instrument de changement social, doit faire selon Janjar , contrepoids à des mécanismes d’exclusion structurels en s’inscrivant dans les traditions politiques une « discrimination positive »susceptible de déraciner  les effets d’une« discrimination négative »à l’égard des femmes[12].

L’intérêt de recourir aux mesures volontaristes comme le quota afin de faire face à la crise de la représentation des femmes au politique à travers l’instauration d’une loi susceptible de mettre un terme à une situation préjudiciable de la démocratie, est l’une des questions dialectiques qui taraude l’esprit de certaines féministes interviewées. Elbouhssini demande à ce propos : « Pourquoi l’élite féministe, imprégnée de ses fortes convictions socialistes, a opté de passer par la loi alors qu’elle appartenait à un mouvement de droit à vocation réformiste ?La revendication de l’institutionnalisation du quota, comme mesure contraignante dans la loi électorale, n’était-elle également pas, dans ce sens, une déviation remarquable par rapport aux repères et valeurs référentiels du mouvement? Comment explique-t-on qu’un mouvement de tendances, au départ, socialistes se retrouve dans l’action avec des modalités plutôt libérales ».Interrogeant cette situation, Hiba Lkhamal  de sa part, déclare qu’: « Au-delà des divergences quant à l’ option de conciliation de l’universel et du spécifique, qui reste susceptible d’interprétations différentes, je me demande pourquoi le mouvement féministe au Maroc a structuré d’office sa pensée politique de sorte que la modalité de la réforme juridique constituait l’option optimale pour instaurer l’égalité entre les sexes, alors qu’ il est issu de la gauche radicale et il est complètement imprégné par les approches marxistes ».

S’ajoutant à ces initiatives précitées, l’action ciblée et systématique menée par l’ADFM à travers le CLEF[13] a considérablement amélioré la revendication du partage du pouvoir politique en se penchant sur l’analyse des raisons qui expliquent le maintien et la reproduction des inégalités dans le champ politique et les mécanismes qui en assurent la permanence.  En effet, au-delà des raisons historiques et circonstancielles explicitant le faible degré de la mixité du champ politique, qui reste le plus confisqué par les hommes, la démocratie mutilée[14] ,selon Khadija Errabah :« Trouve ses significations dans le caractère ancré et structurel des discriminations et d’exclusions et dans l’esprit dominant qui anime les perceptions des hommes sur l’identité féminine ».

Ceci a été bien illustré lors des élections de 2002 où certains partis politiques comme le cas de l’USFP, probablement convaincus que les femmes allaient « profiter » de la liste nationale pour être représentées, n’ont pas présenté de femmes en tête de liste sur les listes locales[15].

Dans l’objectif de pallier aux insuffisances de la démocratie représentative qui a bien failli d’introduire des changements dans la vie politique et est redevenue un domaine limité, une alliance intitulée« le mouvement pour le tiers des sièges élus aux femmes: vers la parité» a vu le jour au Maroc en 2005.L’idée de créer ce mouvement qui s’est chapoté par ADFM, se repose sur le principe que l’intégration systématique des femmes renforce le fondement démocratique, l’efficacité et la qualité des activités des collectivités territoriales d’où l’importance d’une représentation égale des femmes à tous les niveaux et dans tous les domaines de décision. Selon Rachida Tahiri : «le mouvement est l’expression d’une revendication avant tout politique, c’est surtout une lutte contre la montée de l’intégrisme ».La motivation première de l’ADFM était d’interagir et d’amener les partis politiques à s’engager dans le débat sur la représentation politique des femmes. Le mouvement pour le tiers a adopté une stratégie conciliant le plaidoyer en faveur d’un changement de la charte communale ainsi que du code électoral et la mobilisation de différents acteurs (politique, presse et médias, universitaires) avec un axe transversal lié au renforcement des capacités des candidates aux élections.

En organisant des activités ciblant le gouvernement et les partis politiques de la majorité et de l’opposition, le mouvement a réussi à introduire des réformes importantes, notamment celles du Code électoral relatives à la représentation des femmes. En effet, deux phases ont ainsi marqué la trajectoire de ce mouvement. La première est liée aux élections du 7 septembre 2007 ; où on n’a pas réussi à faire entendre ses revendications, mais il a pu créer le débat sur la représentation politique des femmes et à faire de la question une priorité prise en compte par les décideurs politiques. Dans ce cadre, le mouvement a réclamé un code électoral comportant des dispositions susceptibles de garantir aux femmes au moins 33% des sièges dans les institutions représentatives, notamment en prévoyant que le nombre de personnes de même sexe ne doit pas être inférieur au tiers du nombre global des membres. La seconde phase est celle des élections communales de 12 juin 2009, où il a revendiqué le rejet définitif du mode de scrutin uninominal à un tour et la généralisation de scrutin de liste à la proportionnelle en le renforçant par des mesures techniques pour une meilleure rentabilité.

La nécessite de l’adoption de l’approche genre lors de tout le processus électoral a constitué également l’une des revendications prioritaires du mouvement. Pour ce faire, le mouvement, qui regroupe plus de 1000 associations, a conduit une compagne nationale de 733 jours pour l’accès des femmes aux postes de décision au niveau local en organisant des actions visant les partis politiques, le gouvernement et le large public dans différentes régions du Maroc. S’appuyant sur une stratégie de communication basée sur des matériaux de plaidoyer adaptés aux cibles, le collectif a réussi à mobiliser les différents acteurs pour l’adoption d’un code électoral comportant des dispositions « listes additionnelles » qui peuvent garantir aux femmes au moins 12% des sièges dans les conseils communaux[16].

Il s’est avéré que la question du quota, après quelques années de lutte et de militantisme en sa faveur, n’est pas évidente dans une société où la discrimination est un problème structurel, profondément ancrée dans les structures sociales, politiques et mentales. Ce constat nourri par la conviction chez certaines féministes que toutes les formes de discrimination positives, abstraction faite de leur dimension éthique, restent antidémocratiques voire même inégalitaires, ont ainsi orienté la réflexion vers un replacement de l’idée du quota dans le cadre de l’horizon paritaire vers lequel elle tend et qui fonde sa légitimité[17]. Dans cette optique, fidèle à sa stratégie de création des alliances permettant de fédérer les efforts entre les associations féministes et aider à rendre plus efficace le travail mutuel et la mise en commun de différentes capacités et des ressources en vue de mieux se compléter et d’avoir un effet de levier plus important en termes de plaidoyer auprès des décideurs, l’ADFM a élargie le collectif en changeant son nom et optant en janvier 2011 pour« Le Mouvement pour la Démocratie Paritaire »[18] et ce, suite à un processus de concertations entre plusieurs associations féministes, démocratiques, et de droit humain.

Cette plateforme constituée d’associations féministes, d’associations de développement démocratique et de droits humains travaillant au niveau de douze régions marocaines et luttant pour « l’accès des femmes aux postes de décisions politiques » a pour mission de favoriser le processus de parité démocratique marocain. Le collectif[19]revendiquant entre autre une représentation paritaire dans les instances de décision politique, s’inscrit dans la continuité des mobilisations paritaires, il constitue une nouvelle composante dans la mouvance des luttes pour la parité qui, en consolidant les acquis, renouvelle son registre revendicatif, clarifie ses orientations et retrace ses nouvelles stratégies. Dénonçant explicitement la forte persistance des inégalités toujours flagrantes dans l’arène politique et la menace qu’elles représentent pour la démocratie, il milite pour un renouvellement du politique et un approfondissement de la démocratie. « C’est cette prise de conscience que la démocratie implique impérativement un partage de pouvoir et que les femmes sont des actrices catalyseurs du changement social et que leur voix compte, qui a animé l’esprit des initiatrices du MPDP. La coalition se situe dans la continuité des initiatives entreprises par le mouvement féministe pour accroitre la représentation politique des femmes, notamment le groupement de 20[20] , celui  de 40[21] et le mouvement pour le tiers des sièges élus aux femmes: vers la parité» a  indiqué Khadija Errabah.

ADFM a opté, dans le cadre du processus des mobilisations pour la parité, pour le renforcement des capacités des femmes élues et candidates afin d’acquérir les outils leur permettant de prendre de portefeuilles non stéréotypés, de favoriser le partage des expériences, de mutualiser les efforts et la synergie entre elles et de développer la coopération féminine et la mise en réseau nécessaire à la bonne exécution des mandats politiques. Le mentorat entre femmes élues ou les futures candidates demeure ainsi une piste appuyant le registre revendicatif paritaire et permettant de diffuser la culture de l’égalité, partager les bonnes pratiques en matière de l’engagement politique des femmes, relever les défis propres à leur fonction et d’influer d’une manière positive le fonctionnement des partis politiques.

Les mobilisations féministes en faveur de la parité ont atteint leur apogée en particulier, lors de la campagne des législatives du 7 septembre 2007où les associations féministes ont intensifié leurs luttes en vue d’encourager et accroitre la participation politique des femmes au processus électoral et la prise de décision. La Fédération de la Ligue Démocratique pour les Droits des Femmes  FLDDF a mené une campagne intitulée « Citoyenneté responsable » invitant les femmes à voter pour les candidat.e.s qui soutenaient l’ensemble de leurs revendications élaborées en seize points[22].De son côté, ADFM a lancé une pétition en ligne « Égalité sans réserve » incitant le gouvernement à lever les réserves sur la CEDAW et à ratifier le protocole optionnel en juillet 2007. Le même mécanise a été également appliqué à la question du quota féminine en politique. Les compagnes de sensibilisation ont associé des intellectuel·le·s, des associations, des militantes des partis politiques ainsi que les médias. Par ailleurs, la déficience de certains Partis politiques et la réticence d’autres pour accorder une place de pouvoir aux femmes au sein de leurs organes décisionnels et au niveau des têtes de listes électorales[23] ont bloqué le potentiel démocratique en faveur des femmes, qui a commencé à se définir.

En outre, plusieurs mémorandums ont été adressés aux décideurs politiques par ces collectifs. Ces actions ont abouti à la mise en place de listes nationales, constituées de candidates féminines, lors des élections législatives (2002, 2007 et 2011) et communales (2009) portant la participation des femmes à 10.7% en 2002 et 2007 et à 17% en 2011. S’agissant des élections communales, le taux de participation des femmes a été multiplié par 22 entre 2003 et 2009[24].

Les mobilisations pour la parité ont considérablement évolué sur le type d’initiatives de réformes souhaitées et sur le registre d’actions entreprises pour contrecarrer le monopole masculin de la sphère politique. Construisant autour de l’objectif du partage du pouvoir politique, les mobilisations en faveur de la parité refusent la posture d’une féminité enfermée dans une complémentarité subordonnée. Les paritarismes marocaines en quête d’une nouvelle identité féminine et un nouveau paradigme égalitaire ont donc dépassé la notion d’égalité formelle « de jure »en s’inscrivant dans une phase post égalitaire « de facto »avec une manière de faire politique, un leadership authentique et éclairé, une stratégie d’alliances associatives et politiques et un savoir-faire communicationnel susceptible de persuader l’opinion publique. Seulement, derrière ce choix stratégique, il est question de s’interroger sur les processus de cadrage qui permettent d’éclairer les orientations discursives de la rhétorique parité, ainsi que les logiques derrière ce passage vers la parité.

Ce passage constitue à bien, selon les interviewées,  une décision de rupture avec l’esprit patriarcal bien ancré dans le champ politique , il faut garder ainsi à l’esprit que toute alternative est impensable sans ce fameux « horizon de rupture »[25] d’où l’importance de revoir les schémas d’analyse et repenser les répertoires d’action. La possibilité d’un « horizon de rupture » constitue à bien, pour la mémoire militante du mouvement féministe pour la parité, une force mobilisatrice à l’aune de laquelle le mouvement féministe évalue l’efficacité de ses choix stratégiques et la pertinence des raisons qu’il a pour poursuivre sa lutte. L’aboutissement des mobilisations pour la parité reste tributaire de leur distance à la fois des stratégies et discours de l’État et des orientations des organisations internationales. Toutefois, et comme explicité par Najat Ikhich : « Il est primordial de voir comment pouvoir influencer sans s’épuiser dans une posture de refus critique, comment poser les voies alternatives et les refontes possibles tout en disposant d’une vision commune et des objectifs à atteindre ».

Il résulte de ce qui précédé, que la sous-représentation des femmes dans le champ politique a suscité, après le déverrouillage et l’ouverture du système politique marocain au début des années 1990, de nombreuses protestations et revendications de la part des associations de femmes. De ce fait, des collectifs et alliances d’associations de femmes ont été mis en place en formulant depuis, une série de propositions tangibles pour pallier à cette situation et plaidant pour instaurer la pleine représentation politique des femmes dans les instances électives et le partage égal du pouvoir et des responsabilités de décision entre les sexes. Au cours de cette trajectoire des mobilisations en faveur de la féminisation de l’arène politique et le partage du pouvoir, toutes les initiatives entreprises qui ont convergé vers le paradigme paritaire ont effectué un travail de fond concernant l’approfondissement des facteurs produisant l’exclusion des femmes du champ politique et convergeant ainsi vers la scandalisation de la sous-représentation des femmes dans le champ politique.

2- Croisement des perceptions vers la problématisation de la cause des femmes en politique

En effet, le principe de l’égalité a été reconnu dans les trois premières constitutions de 1962, 1970 et 1972. Le Maroc a réaffirmé, dans les constitutions de 1992 et 1996 adoptées par référendum, son attachement aux droits de l’homme tels qu’ils sont universellement reconnus et consacre le principe de l’égalité, « l’homme et la femme jouissent de droits politiques égaux » (article 8). Le droit de vote et d’être candidate a été exercé par les Marocaines  dès 1963 lors des premières élections législatives du pays[26].  Mais il faudra attendre trente ans et la législature de 1993-1997 pour voir deux premières femmes, des partis de l’opposition, accéder au parlement[27] et attendre quatorze ans de plus pour constitutionaliser la parité a l’occasion de la révision de la loi suprême du pays en 2011, impulsée par la mouvance du printemps arabe.

Le constat d’une forte sous-représentation des femmes dans l’espace politique, malgré les efforts déployés, a interpellé les associations féministes pour briser ce cercle infernal en se penchant, à travers des études et recherches, sur l’analyse des facteurs d’exclusion et d’inégalités d’ordres constitutionnels, politiques, économiques et socio-culturels auxquels sont soumises les Marocaines tout en suggérant un ensemble de mesures pour surmonter ces handicaps. Les mobilisations en faveur de la parité ont, en effet, réussi de faire émerger dans le débat public la problématique de la sous-représentation des femmes dans la sphère politique et les conséquences de la rareté des femmes dans les instances de décision sur le processus démocratique engagé par le Maroc. Le débat autour de la crise du partage inégal du pouvoir politique a contribué à rendre visible la domination masculine sur la scène publique et la persistance du patriarcat et la division inégale du travail et des fonctions dans la vie économique, sociale, culturelle ainsi que dans la sphère domestique. En effet :  « Les rencontres ,les séminaires , les forums et  les autres espaces de débat public auxquels ont assisté une multitude des acteurs civils et institutionnels ainsi que des intellectuels et des universitaires ont identifié les blocages empêchant la féminisation de la vie politique en explorant les voies et moyens susceptibles de remédier à la crise du partage inégale du pouvoir politique et de permettre l’accès des femmes aux processus décisionnels  sur les échelles locale et nationale », affirme Oumayma Aachour, la présidente de Joussour .

L’observation de l’espace public témoigne son ancienne monopolisation par les hommes jusqu’ à présent. L’occupation masculine de cet espace le rend en effet comme « un espace non démocratique », et même si les électeurs n’ont aucune influence sur le processus décisionnel, ces derniers « jouissent néanmoins d’une action directe sur l’espace public, alors que les électrices n’ont ni l’un, ni l’autre[28] ». Néanmoins, on peut pas réduire l’espace public à la seule scène du pouvoir  car il comprend également ce qu’ on pourrait appeler la scène mondaine : cet espace où les corps des hommes et les femmes se donnent à voir les uns aux autres[29]. Goffman[30]et Kaufmann[31]affirment le postulat que « la scène mondaine reste dominée par les hommes : le corps féminin reste pour l’essentiel un objet de contemplation et de convoitise pour l’œil masculin ». La prégnance de stéréotypes sexistes, qui sont intériorisés dans toute la société et particulièrement dans le champ politique, favorisent la construction d’identités sexuées. En effet, les femmes font l’objet d’une infériorisation via de nombreux stéréotypes, dont notamment la division sexuée du travail et de l’espace social.

Au-delà des raisons historiques et circonstancielles explicitant le faible degré de la mixité du champ politique, qui reste le plus confisqué par les hommes. Le caractère ancré et structurel des discriminations et d’exclusions et la nature d’esprit dominant qui anime les perceptions des hommes sur l’identité féminine expliquent également le faible accès des femmes dans la politique. En ce sens, Geneviève Fraisse[32] considère, que « la  démocratie exclusive qui a écarté les femmes du pouvoir et de la politique en France, fut souvent mise en place de manière réfléchie, le mouvement virtuel de la démocratie s’arrêtant devant la différence des sexes par crainte d’une égalité qui tournerait à la rivalité entre hommes et femmes». De sa part,  Joan Landes, indique que : « l’espace public  moderne s’est construit «contre» les femmes, espace dont elles ont été « expulsées ». De ce fait, la démocratie moderne est oublieuse. Entre ce qu’elle dit pour tous et ce qu’elle fait pour certains, elle perd le fil de sa cohérence et les femmes par conséquent se trouvent en-dessous ou en-dehors de la démocratie[33] »

C’est cette exclusion, qui est produite et non énoncée, fabriquée et non théori­sée[34], qui justifie l’écartement des femmes du champ politique Marocain et leur cantonnement dans l’espace privé. Le faible taux de leur représentation ne leur permet pas d’exercer une véritable influence sur les structures de pouvoir qui façonnent la société. D’autant plus que les représentations sociales à partir desquelles les femmes s’identifient, les renvoient dans la sphère privée comme espace d’existence, de travail, de production et de reproduction, qui n’hypothèque pas les chances des femmes à réaliser de manière égale leur droit à participer à la vie politique[35]. Explicitant cette situation, Jean-Jacques Rousseau souligne que :«  Les femmes, associées et dissociées du processus démocratique, sont «la précieuse moitié de la république, citoyennes comme mères, éducatrices, mais laissant aux hommes la tâche symbolique de la loi et la fonction de représentation »[36]. Cette situation nous a soufflé l’idée de creuser davantage, lors des entretiens, pour identifier les déterminants qui peuvent expliquer le problème de la sous-représentation politique dans le contexte marocain.

En outre, le déficit d’appropriation par les femmes de l’espace public en raison de la délégitimation de leur présence dans cet espace et celui d’apprentissage politique des femmes en raison de leur faible inclusion par les formations politiques au sein de leurs instances dirigeantes, conduisant par ailleurs à une faible implication dans les affaires publiques et politiques[37]. À l’autocensure qui nourrit le sentiment d’illégitimité chez les femmes à occuper un espace public ou politique, s’ajoute le syndrome de la démonstration qui piège les femmes dans un surinvestissement dans l’excellence et la démonstration constante de leurs compétences[38]. D’autres éléments explicitant la sous-représentation des femmes sont liés principalement au traitement médiatique différencié qui enferme les femmes dans les « parois de verre », à savoir une impossibilité d’évoluer dans des fonctions politiques. Ce traitement genré et différencié alimente incontestablement les inégalités qui jalonnent la sphère politique.

A cela ,vient s’ajouter le manque de temps disponible chez les femmes pour s’investir dans des activités politiques et citoyennes et l’articulation des temps de vie[39] notamment  pour les femmes qui ont une activité professionnelle très dense et des responsabilités familiales lourdes. D’autres facteurs d’exclusion viennent alourdir la marginalisation des femmes en politique qui     s’accompagne souvent d’un taux de candidatures féminines très bas par rapport à l’ensemble des candidatures (1,77 % entre 1997 et 2002 contre 5 % entre 2003 et 2005)[40].Il s’agit notamment selon, Oumayma Aachour, de l’analphabétisme qui touche les femmes plus que les hommes particulièrement dans les milieux ruraux, la précarité des emplois occupés par les femmes et la prééminence des normes et valeurs discriminatoires relayées par système éducatif.

Au-delà des contraintes de la loi, les modes d’organisation et du fonctionnement de la vie politique et d’autres pratiques oligarchiques en lien avec le fonctionnement des partis politiques sont à l’origine d’exclusion des femmes de la sphère politique. La culture organisationnelle partisane favorise, en effet, le cantonnement des femmes dans les instances d’exécution en les écartant du des organes de décision. Le mode de scrutin, la pratique du cumul des mandats, la forte masculinisation des structures partisanes organisées en fonction des vues des hommes pour eux ainsi que d’autres paradigmes fondant les pratiques politiques sont également, selon Khadija Errabah, des facteurs expliquant le décrochage des femmes de la politique. Ces éléments rompent clairement avec l’idée couramment répandue dans les discours politiques et scientifiques considérant la faible représentation des femmes comme le reflet d’inégalités externes à la vie politique. En effet, il demeure que le système politique lui-même, son mode de fonctionnement et sa culture, produisent l’exclusion des femmes qui sont souvent « vues comme différentes et illégitimes »[41]. Les logiques de « virilité du milieu politique »[42]exigent davantage de sévérité et du rigorisme dès que les femmes apparaissent et agissent dans cet espace. Les enjeux identitaires qui sont plus forts pour les femmes conditionnent inéluctablement leur image et réduisent leur marge de manœuvre en termes d’actions et de prises de risques dans l’espace du politique car elles s’y sentent des intruses[43].

Ces exclusions spécifiques des femmes de l’arène politique contredisaient la promesse contenue dans les droits universels et les différentes conventions ratifiées par la Maroc et illustrent le réel déphasage entre les discours et la réalité. Cette situation demeure encore paradoxale selon les résultats de plusieurs enquêtes qui dévoilent la position en retrait des décideurs politiques en comparaison avec les attitudes sociales, assez avancées en matière de la participation politique et publique des femmes. L’enquête du HCP (2006)[44] révèle que 75% des personnes enquêtées se disent disposées à voter pour une femme (63% des hommes contre 87% des femmes). Ces données qui reflètent les changements significatifs dans les attitudes des marocain.ne,s et la tendance de la société à s’ouvrir davantage vers l’intégration de la femme dans la vie politique,  sont confirmées par la WVS de 2007[45] qui atteste que l’intérêt accordé par les marocain.ne.s à la politique s’est sensiblement amélioré durant la période 2001-2007. En effet, 39,7% des hommes considéraient «très importante» ou «moyennement importante »la politique dans la vie, alors que chez les femmes cette proportion atteint 31,6%.

Cependant, après ce léger regain d’intérêt et par conséquent de confiance des marocain.ne.s à la envers la vie politique, les chiffres de 2011 montrent une distanciation et une méfiance très importante[46]. De 39,7% en 2007 pour les hommes qui ont répondu «très importante» ou «moyennement importante», on passe à 19,5% en 2011. Cette perte de confiance est également spectaculaire pour les femmes, on enregistre ainsi une perte de 20 points en quatre années, le taux est passé de 31,6 % en 2007 à 11,4% en 2011. Cette évolution positive durant la période 2001 au 2007 peut  s’explique d’une part par le bilan de travail des gouvernements de Driss Jettou[47] qui a pu booster l’économie marocaine et ouvrir de  grands chantiers d’investissements  et de reformes et ce ,en dépit de la conjoncture internationale défavorable et les grands chantiers[48] et par le dynamisme des   associations féministes qui ont placé la question  de la promotion de la représentation politique des femme en tête de leur  registre revendicatif. Ces éléments ont favorisé la confiance et l’intérêt des marocain.ne.s à la politique. Reste à analyser les facteurs empêchant la montée des chiffres pour 2011, l’année où le gouvernement comptait une seule ministre sur trente en s’éloignant de la parité prônée par l’article 19 de la constitution de2011.

Cette situation positionne le Maroc dans le cadre bidimensionnel de Inglehart publié dans la World Value Survey comme une société aux antipodes de la modernité (données de 2001), avec un faible score à la fois sur la dimension matérialisme, post-matérialisme et le traditionalisme-laïcisation. Autrement dit, la faible ouverture de la société Marocaine sur la participation politique des femmes et les carences en termes d’égalité entre les sexes sont des indicateurs qui classent le Maroc parmi les pays qui sont encore en état embryonnaire du post-matérialisme, et donc de modernité, du point de vue Inglehart. En outre, les discours confirmant le traditionalisme et patriarcal, notamment avec la montée des islamistes au gouvernement, et le caractère du mouvement féministe qui reste réformiste avec une tendance timide pour la laïcisation de ses revendications situe le Maroc selon la deuxième dimension bipolaire traditionalisme-laïcisation parmi les pays traditionalistes.

Sur un autre registre, le débat autour de la faible féminisation de la sphère politique, fait apparaitre de nombreux arguments qui sont usés pour justifier voire légitimer l’accès des femmes au pouvoir politique. La revendication de la parité était envisagée comme une nécessité pour réaliser l’égalité des sexes consacrée en droit[49]. Une seconde opinion met en avant la nécessité de mieux défendre les intérêts propres aux femmes, que seules elles-mêmes seraient en mesure de les représenter[50]. Le troisième argument suppose que la représentation démocratique est incomplète du fait qu’elle soit quasi-exclusivement masculine, d’où la nécessite de la parachever par une présentation massive des femmes dans les instances élues[51]. L’argument de la « différence féminine » constitue la dernière justification de la revendication de la parité qui s’appuie essentiellement sur les ressources et les compétences distinctes dont possèdent les femmes qui leur auraient permis de candidater et d’être élues. L’ensemble des arguments théoriques et pragmatiques ayant mobilisé le recours aux mesures de la discrimination positive et animé les débats menés sur la parité dans l’espace public, n’ont pas remis en cause le système politique en lui-même, ou les mécanismes excluant les femmes du champ politique. Mais c’est la pratique masculine du pouvoir qui est stigmatisée et par conséquent, reprochée comme si elle se situe hors du système.

Le débat sur la parité a entrainé des controverses houleuses qui ont provoqué une visibilité plus grande de la sous-représentation des femmes dans le champ politique. La convergence vers la parité n’était pas évidente ou acquise même au sein du féminisme historique qui s’est divisé en deux tendances en termes de priorisation de cette revendication par rapport à la conjoncture et l’ordre sociopolitique. Pour certaines féministes, la parité était considérée comme revendication élitiste et ses fondements qualifiés, selon les termes de Françoise Picq, d’arguties d’intellectuelles coupées des réalités, et disqualifiées[52], au temps que d’autres inégalités persistent encore. Vu les considérations liées surtout au contexte marocain qui ne se prêtait pas encore au partage du pouvoir politique, la priorité selon ce courant devrait ainsi être accordée à la question de la violence à l’égard des femmes et le débat s’était par ailleurs orienté vers la réforme du statut personnel et les stratégies de lutte contre les discriminations à l’égard des femmes ainsi que le travail au sein des centres d’écoute. La deuxième tendance a considéré la participation des femmes en politique et le partage du pouvoir comme levier de démocratie qui est encore mutilée, ce qui a imposé la nécessité de promouvoir des mesures visant le partage du pouvoir et l’accès équitable au processus de prise de décision. « L’égalité proclamée des droits n’est rien si elle ne dégage pas les voies et les moyens pour traduire les mesures concrètes à cet égard » comme le souligne Khadija Errabah à ce propos.

Il en découle de ce qui précède, que la féminisation de l’espace public passe inévitablement par une remise en question des identités sexuelles actuellement existantes, tant féminines que masculines. Ceci constituerait une véritable révolution culturelle, vivement souhaitable dans absolu mais quasi difficile à mettre en œuvre.   Dans ce cadre , Malika Benradi, estime que « le déplacement du statut des femmes d’une identité définie par les fonctions domestiques et familiales vers un statut de sujet politique implique par conséquent, l’instauration d’autres modes de socialisation des individus et le travail sur un nouvel imaginaire social, d’où l’importance de la promotion des effets émancipateurs en encouragent le leadership féminin, l’emploi et l’entrepreneuriat féminin et la prise de la responsabilité dans l’espace public et politique ». Certes que, la promotion de la participation politique des femmes peut être promue par des mesures volontaristes mais elle implique et nécessite une volonté politique qui rompt avec les paradigmes et des orientations fondant les politiques publiques dans leur globalité[53].

Les mobilisations collectives paritaires ont contribué à faire apparaître le problème de la sous-représentation politique des femmes au Maroc et ont placé le partage du pouvoir politique comme exigence démocratique sur l’agenda politique. De ce fait, il importe de dévoiler le profil des militantes qui se sont investies dans les luttes paritaires en mettent en exergue leurs carrières militantes et identifiant les facteurs motivant leur investissement pour la lutte en faveur de la parité.


[1]Sghir Janjar, M. (2001), La Parité, un nouveau paradigme démocratique. In la démocratie mutilée – Femmes et pouvoir au Maroc, ADFM/Centre pour le Leadership, p.188.
[2]Gubert, L. « Méthodes qualitatives en sciences sociales»,  de l’Ecole Normale Supérieure de Cachan :http://www.melissa.ens-cachan.fr/article.php3?id_article=926
[3]Selon Daniel Bertaux (1997), il y a du récit de vie dès qu’il y a description sous forme narrative d’un fragment de l’expérience vécue. Auparavant, l’expression consacrée en sciences sociales était celle “d’histoire de vie”, traduction littérale de l’expression américaine “life history”. Or la traduction française était trop large car elle ne permettait pas de distinguer entre l’histoire vécue par une personne et le récit qu’elle peut en faire à la demande d’un chercheur et à un moment donné de sa vie (Bertaux, D. (1997), Le Récit de vie, Paris, Armand Colin).
[4]Burrick, D. (2010), « Une Epistémologie du récit de vie, recherches qualitatives et temporalités »,Revue .html., N°.8, pp.7-36.
[5]La trajectoire de vie peut être définie comme « un entrecroisement de multiples lignes biographiques plus ou moins autonomes ou dépendantes les unes des autres : le parcours scolaire, le rapport au travail et à l’emploi, la vie familiale, la vie sociale, l’itinéraire politique, etc.  » (Hélardot, V. (2006), « Parcours professionnels et histoires de santé : une analyse sous l’angle des bifurcations », Cahiers Internationaux de Sociologie, Vol.1, n°. 120, pp. 59-83). Chacun de ces domaines correspond à un ensemble de pratiques, de rôles et d’identités sociales se déployant sur trois axes : lieux, temps et temporalités, réseaux et cadres structurels. La trajectoire dans sa globalité est ainsi constituée par une succession de situations vécues par les individus dans différentes sphères et par l’histoire des diverses configurations successives ou « formes identitaires »(Dubar, C.(2009), La Crise des identités, l’interprétation d’une mutation, Paris, PUF). 
[6]Mouaqit, M. (2007), Représentation politique des femmes et genre au Maroc et dans le monde, ADFM avec le soutien de lUE, p.37.
[7]OFI a adressé au comité exécutif du PI un mémoire affirmant son accord pour le principe de listes contenant le 1/3 de femmes notamment dans les élections communales.
[8] L’Opinion du 16 novembre 1996.
[9] Entretien avec Khadija Errabah, membre fondateur de l’Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM) et coordinatrice nationale du Mouvement pour la démocratie paritaire.
[10]Sghir Janjar, M. (2001), La Parité, un nouveau paradigme démocratique, op.cit., p.188.
[11] Ibid., p. 197. 
[12] Ibid., p. 191.
[13]Le CLEF se définit comme un centre de formation, d’information et d’échanges pour les femmes. Il oriente ses actions vers les femmes potentiellement éligibles aux postes de décision en leur assurant une formation et en les encourageant à investir les lieux de pouvoir et de décision. La cible est constituée de femmes susceptibles d’occuper des postes de décision et de responsabilité dans différentes institutions et de femmes élues à différentes instances de pouvoir. Emanation directe de l’ADFM, cette structure destinée à centraliser et à organiser différentes interventions pour aider concrètement les femmes à s’engager dans le champ politique etde promouvoir leurs droits en matière de citoyenneté.
[14]La démocratie mutilée – Femmes et pouvoir au Maroc. ADFM/Centre pour le Leadership Féminin2001
[15]Benradi, M. (2003), Genre et participation politique in Féminin –Masculin la marche vers l’égalité au Maroc. 1993-2003
[16] Archives du CLEF / visite aux locaux de l’ADFM à casa
[17]Sghir Janjar, M. (2001), La Parité, un nouveau paradigme démocratique, op.cit., p 193.
[18]Le collectif identifie des objectifs stratégiques qui s’articulent autour de :1- L’harmonisation des législations nationales avec les conventions internationales en mettant l’accent sur l’institutionnalisation des mesures temporaires spéciales « discrimination positive».2- La promotion des droits civils et politiques des femmes au niveau local, régional et national pour garantir l’institutionnalisation de la démocratique paritaire.3- Le renforcement du rôle interactif avec les organes clé et les mécanismes des droits de l’homme des Nations Unies et des organes conventionnels des droits humains des femmes, notamment en mettant l’accent sur la préparation et la soumission des rapports parallèles, et en suivant la mise en œuvre des recommandations émises par ces organismes.4- L’activation du rôle de veille, de suivi, de redevabilité et de la reddition des comptes à travers le baromètre de la démocratique paritaire dans les politiques publiques.5- Appui technique et politique des femmes élues au niveau national, régional et local et mise à disposition d’outils nécessaires (Supports, rapports..) pour défendre les droits de l’homme et les droits fondamentaux des femmes.6- La production des supports pédagogiques dans le domaine de la formation continue en faveur de la société civile, des femmes élues au niveau local, régional et national et des candidates potentielles.7- La diffusion de la culture de l’Egalité à travers des campagnes de sensibilisation et de plaidoyer pour la mise en place des mécanismes institutionnels en charge de la promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes.
[19]Les principales revendications du mouvement sont : 1- Un Etat démocratique 2- Une constitution démocratique et progressiste garantissant une égalité de jure et de facto 3- Une loi cadre pour la parité dans la vie politique et administrative 4- Une autorité de la parité et l’égalité dans le public et le privé 5- Des institutions nationales fortes et productives 6- Un mode de scrutin favorisant la promotion de la représentation politique dans les fonctions et les mandats électifs 7- L’institutionnalisation des mesures positives garantissant la parité entre les hommes et les femmes dans les mandats et les fonctions électives 8- Intégration de l’approche genre dans les politiques publiques 9- Adoption d’un mode d’observation électoral répondant à l’approche genre.
[20] Le groupe a regroupé une vingtaine d’associations appartenant au mouvement féministe et les sections féminines des partis politiques, il a produit de mémorandum de2000 permettant l’accès des femmes au parlement.
[21] Le groupe ou le collectif national a regroupé une quarantaine d’associations des droits des femmes en défendant ainsi « une présence effective des femmes dans les collectivités locales »vu que les partis politiques signataires de la charte ne vont pas s’inspirer de la mesure positive : liste nationale comme bonne pratique et adapter le principe de quota dans les élections communales 2003.
[22]Cette campagne a eu un effet immédiat, puisqu’en août 2007, l’Union socialiste des forces populaires, l’Istiqlal, le Parti du progrès et du socialisme, le Front des forces démocratiques, le Parti socialiste démocratique et le Parti du congrès Ittihadi inscrivaient ces revendications dans leur programme.
[23]Le bilan des élections législatives de2007,qui étaient espérées comme une étape dans la maturation politique du pays, a fortement choqué la classe politique. Outre le faible taux de participation (37 %, contre 52 % en 2002), doublé du taux élevé de bulletins nuls (19 %),les premières élections postérieures à la réforme de la moudawana n’ont pas signifié une progression de la présence des femmes sur les listes électorales ou à la Chambre des représentants (34 femmes ont été élues sur les 325 membres que compte la Chambre des représentants contre 35 femmes en 2003 au parlement marocain)
[24]Mouvement pour la démocratie paritaire, « L’impact du système électoral sur la représentation politique des femmes aux niveaux local et régional » (2014).
[25]Jallon, H.(2003), « De la résistance à la dissidence : les voies étroites de la contestation globale », Dans Mouvements, Vol.1, n°25, pp.45-50.
[26]Au niveau législatif, elles étaient 16 à se présenter sur 690 candidats lors des élections de mai 1963
[27]Badiaâ Skalli de l’USFP et Latifa Bennani Smirès de l’Istiqlal
[28]Sedjari, A. (2001), «L’Aménagement urbain et l’exercice de la citoyenneté dans la démocratie mutilée », Femmes et pouvoir politique au Maroc, Publications de l’Association démocratique des femmes du Maroc, Centre pour le leadership féminin.
[29]Bichr, A. et Pifefferkorn, R. (2000),« Hommes-Femmes, l’introuvable égalité. La place contradictoire des femmes dans la société française ».In : Recherches et Prévisions, N° 61, pp.19.33.
[30]Erving, G. (1977),« La Ritualisation de la féminité », Actes de la  Recherche en Sciences Sociales,  n°.14, pp.34-50.
[31] Kaufman J-C. (1995), Corps de femmes, regards d’hommes. Sociologies des sciences, Paris, Nathan.
[32]Fraisse, G. (1997),  « La Démocratie exclusive: un paradigme français », Pouvoirs, n°.82, pp.5-16.
[33]Landes, J-B. (1998), Women and the Public Sphere in the Age of the French Revolution, Ithaca and London, Cornell University Press. 
[34]Fraisse, G. (1992), La Raison des femmes, Paris, Plon.
[35]Mouaqit, M. (2007), « Représentation politique des femmes et genre au Maroc et dans le monde », étude réalisée par ADFM avec le soutien de l’UE, p.37.
[36] FRAISSE, G. (1997),  « La Démocratie exclusive: un paradigme français », Pouvoirs, 82.
[37]Rapport CNDH (2015), « Etat de l’égalité et de la parité au Maroc, préserver et rendre effectifs les finalités et objectifs constitutionnels », Rapporteur Rabea Naciri, p.38.
[38]Lesene, M. (2015), La perception et les mesures des discriminations racistes et sexistes, Thèse pour l’obtention du grade de Docteure de l’Université Paris VIII en Sociologie.
[39]Les résultats d’une Enquête nationale sur l’emploi du temps publiés en 2014 par le Haut-Commissariat au plan marocain montrent que « Les femmes consacrent sept fois plus de temps que les hommes aux activités domestiques. Dans cette sphère, s’inverse le schéma des rapports de travail entre hommes et femmes comparativement à la sphère des activités professionnelles.
[40]Zirari, H. (2006), 50 ans de Développement Humain, « Évolution des conditions de vie des femme »,  pp.3-21.
[41]Ibid., p. 13.
[42]Sineau, M. (1986), Des femmes en politique, Paris, Economica, p 24.
[43]Naciri, R. (2014),« Le Mouvement des femmes au Maroc», Nouvelles Questions, Vol.3, n°.2, pp.43-64.
[44]Enquête national sur les revenus et les niveaux de vie des ménages, 2006/2007, HCP.
[45]World Values Survey(WVS), 2007.
[46]World Values Survey(WVS), 2011.
[47]Driss Jettou est nommé en 2002puis en 2004 à la tête du Gouvernement, et ce jusqu’en 2007. Sous ses mandats, plusieurs avancées ont été enregistrées, il s’agit notamment de la croissance des investissements, la diminution du chômage, la libération du transport, la réforme juridique, la lutte contre la corruption,  l’encouragement au dialogue social, la libération de l’audiovisuel….
[48]Hilali, L. et Vallejo Pena, F-A. (2016), « femme marocaine dans le processus de participation politique »,  Recherche qualitative menée pour l’Agence Espagnole pour la Coopération Internationale au Développement (AECID) sur l’exercice biennal 2007-2008, REFEG, pp.1-24.
[49] Entretien avec Latifa Elbouhssini, professeure à l’Institut National de l’Action Sociale à Tanger, formatrice spécialiste de l’approche genre et droits des femmes, membre du bureau national de l’École citoyenne des études politiques, Maroc.
[50]Récit de vie  de Najat Ikhich, co-fondatrice de la Ligue Démocratique des Droits des Femmes et présidente de la Fondation Ytto.
[51] Entretien avec Khadija  Errabbah, membre fondateur de l’Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM) et coordinatrice nationale du Mouvement pour la démocratie paritaire.
[52]Picq, F. (2002), «Parité, la nouvelle ‘exception française », Modern & Contemporary France, Vol.10, n°.1, pp.13-23.
[53] Rapport CNDH (2015),  « Etat de l’égalité et de la parité au Maroc, préserver et rendre effectifs les finalités et objectifs constitutionnels », Rapporteur Rabea Naciri.

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