UN MÉMORANDUM DU CERSS : LE NOUVEAU MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT – PAR MUSTAPHA SEHIMI

Ce qui est à l’ordre du jour c’est assurément la prochaine audience royale de SM Mohammed VI au président de la commission ad-hoc sur le nouveau modèle de développement, Chakib Benmoussa. Un rapport qui se veut prospectif tant il est vrai qu’il doit proposer une nouvelle perspective des politiques publiques à l’horizon 2030 et au-delà. 

Malgré cette conjoncture particulière de la pandémie Covid-19 qui a fortement bousculé le cours et le déploiement de la vie politique, il y a aura là un matériau qui ne peut que retenir 1’intérêt. Cette problématique du nouveau modèle de développement (NMD) a en effet irrigué le champ social et politique. Par-delà cette commission, elle a en effet enclenché une vaste réflexion nationale dans de nombreux secteurs, les organisations professionnelles s’y sont attelées avec en tête la CGEM ; les partis politiques aussi ; et – surtout ? – la société civile dans ses multiples composantes (IMRI, AMADEUS, universités, associations,…). 

Le mémorandum du Centre d’études et de recherches en sciences sociales (CERSS), dirigé par Abdallah Saâf, offre sans doute la contribution la plus affinée et la plus féconde. Il vient d’être publié à Casablanca ; éditions La Croisée des Chemins, mai 2021, 235p.). 

Un regard pluriel

Voilà aujourd’hui le rendu. Un travail considérable initié dès novembre 2019 et qui s’est poursuivi au cours de l’année 2020 du confinement et même au cours des premiers mois de 2021. Il s’est notamment décliné autour de deux axes : celui de séminaires et de rencontres académiques et universitaires ; celui aussi de larges consultations auprès de la société civile (territoires et régions). Du terrain donc. De la proximité. Et de l’écoute. La première mouture a été revue et corrigée ; elle a pris en compte les lectures critiques et enrichissements mais aussi les remontées du tissu associatif local et régional. Une réflexion collective a pu ainsi être menée, par strates successives ; elle a permis d’exprimer et d’agréger ce que Abdallah Saâf appelle un ” regard pluriel”. 

Cela dit, quel est l’apport de ce mémorandum ? Au plan méthodologique et conceptuel, cette contribution se distingue, par rapport à tant d’autres, par une hypothèse de travail particulière : mettre en relief “des approches concrètes, voire pratiques», sans détails trop opérationnels ; se concentrer sur les grands principes et les tendances lourdes ; enfin, s’attacher à l’analyse des approches transversales et des mouvements d’ensemble. En d’autres termes, ceci : la lame de fond à appréhender dans les profondeurs sociétales et ce par-delà des thèmes prégnants dans l'”air du temps” tels que le changement climatique, les énergies renouvelables, le numérique, la question de l’eau, etc. Du recul donc et un plus large spectre couvrant les grands secteurs du développement du pays. 

Au plus près, force est de faire ce constat : ce document prend ses distances quelque peu avec une approche par trop “technocratique” frappé d’une sorte d”’économisme” dont le référentiel et s’articule autour de la maîtrise des équilibres macroéconomiques.  Affleure ici une critique, même voilée et feutrée, d’un “modèle” décennal qui date ; qui n’a pas fait la preuve de son efficience ; et qui doit être redéfini sur les bases novatrices d’un autre paradigme, social et même sociétal. Au fond, n’est-ce pas la nécessaire prise en compte des conditions de travail et de vie du citoyen – ses besoins, ses attentes et ses aspirations. Non sans ambition, une autre voie est ainsi mise en avant : celle d’une économie différente. Avec ces axes : plus de mixité, de pluralisme, de diversification, de promotion de la production nationale, “destinée à la consommation intérieure ou à l’exportation commerciale, touristique, socioculturelle…” Une économie productive générant la croissance, et le progrès social. 

Un travail de “tisserand “

Des propositions sont avancées dans ce mémorandum. Elles donnent un profil général du projet : une économie émergente et plurielle avec un Etat stratège ; une accentuation du développement territorial ; un espace mixte plus ouvert, communautaire et civil ; un secteur privé national comme levier du développement ; un Etat social ; des valeurs et des politiques culturelles favorables au développement ; enfin, un environnement politique et institutionnel impulsant et consolidant le développement. 

Le “développement autrement” : voilà bien la problématique. Ce qui requiert un grand travail de “tisserand”, liant les multiples aspects de la vie sociale, en interaction avec le politique, le social, le culturel aussi. Ce qui renvoie à la nécessité de s’attacher au “développement démocratique. Il ne s’agit pas là d’aménagements institutionnels ou de réformes des cadres juridiques en place mais d’autre chose, plus loin, plus en avant. Référence est faite ici à la gouvernance publique à revoir et à réarticuler sur un mode d’efficience ; elle doit également se préoccuper parce que “démocratique”, aux valeurs qui la portent et qui en sont le socle (équité, égalité, dignité, solidarité) ainsi qu’aux principes qui la fondent et la mobilisent (transparence, reddition des comptes, responsabilité).

Une dynamique non pas de “rupture” mais de changement adossé à de profondes réformes structurelles inscrites dans le long terme mais avec des mesures immédiates, d’autres à court, moyen et long terme. Une vision à partager. Du volontarisme !

Source: https://quid.ma/a-la-une/un-memorandum-du-cerss-:-le-nouveau-modele-de-developpement—par-mustapha-sehimi-

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