Rapport sur l’atelier : La vulnérabilité des Systèmes de santé dans les pays du Sud

En marche vers Mexico 2022

Forum Social Mondial virtuel du 23 au 29 janvier 2021

Centre d’Etudes et de Recherches en Sciences Sociales – CERSS Et  Forum Civil Démocratique Marocain – FCDM

Atelier virtuel sur : « La vulnérabilité des Systèmes de santé dans les pays du Sud »

Dimanche 24 janvier 2021 à 12 h marocaines (GMT +1)

 

Rapport

Préparé par : Mme  Hind SYOURI

Chercheur au CERSS

A l’occasion du Forum Social Mondial-Virtuel en marche vers Mexico2022, le Centre d’Etudes et de Recherches en Sciences Sociales a organisé, en partenariat avec le Forum Civil Démocratique Marocain, le 24 janvier 2021à 12 (GMT+1), un atelier animé par Mr. Rachid FARES, sous le thème “ La vulnérabilité des systèmes de santé dans les pays du sud.

Le séminaire a été organisé selon deux panels. Les contributions des différents intervenants seront synthétisées dans les propos ci-après :

Panel 1 : systèmes de santé vulnérables : quelques leçons De la  Covid 19

  • Tayeb Hamdi, Médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé
  • L’intervenant a opté pour le cas du Maroc comme cas type pour l’examen du système de santé, puisqu’il se situe au juste milieu par rapport au pays du sud. Il n’est ni le plus performant ni le moins.

Il a souligné que la période du Covid-19 a montré la fragilité des systèmes de santé un peu partout dans le monde et a prouvé l’exigence de tirer les leçons nécessaires le plus vite possible pour pouvoir entamer une refonte des systèmes de santé.  Dans ce contexte, les systèmes de santé, notamment celui marocain, font face à deux défis majeurs: la transition démographique et la transition épidémiologique.

Le premier est lié surtout à une population de plus en plus âgée. Une personne sur dix a plus de 60 ans, ce chiffre sera multiplié par trois en 2050.

Le deuxième se rapporte à la collision existant entre plusieurs épidémies : Covid et HTA, Diabète, obésité, cancers,… ainsi 3décès sur 4 ne sont plus liés aux maladies transmissibles et Plus d’un marocain sur cinq est atteint d’au moins une maladie chronique(ALD), qui nécessite des dépenses colossales : 3% des assurés consomment plus de la moitié des dépenses. Ces dernières sont malheureusement faites au détriment d’autres chantiers et d’autres axes de santé, étant donné que la consommation  des personnes qui ont plus de 60 est 21fois plus que celle des personnes qui en ont moins.

La gravité de cette pandémie ne réside donc pas uniquement dans la gravité d’un virus mais dans la combinaison d’une épidémie virologique et une épidémie de maladies chroniques chez une population âgée.

L’intervenant a montré également, via des représentations graphiques, l’utilité cruciale des soins primaires. Il a comparé par ailleurs entre le système de santé des U.S.A et celui de Cuba pour conclure qu’on peut dépenser beaucoup et avoir une technologie de pointe mais on ne peut pas assurer un système de santé performant sans l’instauration d’une couverture médicale à toute la population, un accès équitable aux soins de santé et une véritable concentration sur la médecine de première ligne appelée la médecine des « soins primaires ».

En effet la pandémie a mis à nu les différents dysfonctionnements que l’examen du système marocain de santé fait ressortir, notamment :

  • Le déficit des ressources humaines aggravé par l’hémorragie du personnel qui immigre vers les pays européens, les U.S.A et le Canada. 1médecin sur3 travaille à l’étranger alors que le système marocain souffre d’un besoin flagrant et les frais de formation pèsent sur le budget de l’Etat
  • Une couverture médicale limitée. Au Maroc les Ménages prennent en charge 54% des dépenses de santé, cependant la population assurée ne dépasse pas le 1/3 de la population totale. Cette couverture demeure en fait inefficiente car le reste à charge de la population pour bénéficier des soins est de 30 à 50%.
  • L’insuffisance de budgets de financement : Le budget du ministère de la santé est de 19MM DH en 2020, à raison de 7,7% du budget général de l’Etat alors que l’OMS recommande un pourcentage d’au moins 10% ; en effet le budget de la santé représente 5,8% du PIB contre 10% comme moyenne mondiale. A la comparaison avec les pays voisins, la Tunisie et l’Algérie dépensent respectivement le double et le triple sur la santé par rapport au Maroc ou La dépense moyenne de santé est de 188dollars US/habitant dont 50% est apportée par les ménages
  • L’injustice territoriale et sociale : plus de 50% des médecins s’installent sur l’axe El-Jadida-Kénitra. De ce fait, 4marocains sur 10 parcourent plus de 10km pour un premier contact avec un centre de santé.
  • L’investissement dans le secteur de la santé : les peuples réclament de prendre en charge en premier lieu leur santé, car c’est leur première richesse à partir de laquelle on peut en créer d’autres. elle ne constitue pas seulement un service social, mais un droit humain.
  • La nécessité de réfléchir sur Le partenariat public/privé : revoir et intégrer le secteur médical privé dans les politiques de santé et utiliser ses structures comme service public pour optimiser et le service public et le service privé.
  • L’absence de vision stratégique est un défaut structurel d’où la nécessité d’intégrer toute les forces de la société dans le diagnostic des maux et des besoins et l’élaboration des politiques publiques intégrées dans les stratégies de santé.
  • Le renforcement de la recherche scientifique en vue de l’instauration des plans et des programmes de riposte aux urgences sanitaires.
  • Nécessité de Réfléchir sur l’environnement en tant que composante incontournable de la santé.
  • La pandémie du Covid-19 : un tournant pour les systèmes de santé

Pr. Younes MOUDA, Praticien formateur Enseignant, Hôpitaux universitaire de Genève

La banque d’investissement européenne a mis dans ses premiers critères le facteur de vulnérabilité, de la qualité des soins, de l’âge de la population pour investir dans les pays, ce qui constitue une nouvelle avancée importante.

D’après l’intervenant, l’épidémie est devenue une source de préoccupation profonde. Elle représente aussi un défi unique de faire respecter les droits à la santé pour tous. Il s’agit   d’une occasion pour les systèmes de santé publique pour garantir un accès équitable à la santé,  tout en remettant en cause la gouvernance nationale et mondiale de la santé ainsi que la finalité de la coopération internationale avec les pays du sud.

Cette crise compromet les politiques de la santé au niveau mondiale. La destruction des services publics par la privatisation, la commercialisation et le sous-financement a entraîné la dégradation des systèmes de santé publique dans le monde entier. Les faiblesses auxquelles les systèmes de santé sont actuellement confrontées reflètent les difficultés et les défis auxquels ils doivent faire face pour lutter contre la pandémie et pour garantir un accès et un traitement équitables pour toutes les personnes. 

Les mesures de confinement imposées à une grande partie de la population ainsi que la déclaration de l’état d’urgence ou de l’état d’alerte dans de nombreux pays ne sont que le résultat du manque de ressources et de capacités des centres de soins et des hôpitaux pour traiter un si grand nombre de personnes infectées.

La pandémie de COVID-19 enseigne que les systèmes de santé publique solides sont capables de résister à des menaces massives pour la santé par des mesures collectives appropriées. De même, elle montre qu’il est temps d’avoir un véritable système de santé universel – garantissant le droit à la santé et à l’accès aux soins pour tous, indépendamment de la localisation ou de la situation administrative ou juridique –, qui apparaît comme la stratégie la plus efficace pour faire face à ces crises sanitaires et mettre en place des systèmes plus résistants et mieux équipés pour résister aux menaces futures. D’où l’exigence de réfléchir sur l’établissement des systèmes de santé résilients, c’est-à-dire que les systèmes de santé, les populations et les institutions doivent être  capables à se préparer et à riposter efficacement aux crises. Il est  également temps de remédier à toutes les inégalités et les vulnérabilités.

Pour ce faire, Mr. MOUDA a défini 5critères  pour établir un système de santé national résilient. Ainsi ce dernier  doit être:

  • Vigilant : renforcer les systèmes de surveillance des maladies pour collecter et analyser toutes les informations sur les soins de santé publiques et privés.
  • Réactif : la riposte immédiate est un trait fondamental du système de santé et avec un plan d’intervention détaillée. Il est donc bon que les pays aient des plans et des préparations d’urgence mais également des personnes et des équipes spécialisées dotées de l’autonomie décisionnelle.
  • Adaptable et flexible : les hôpitaux ont basculé une partie importante de leurs activités sur des plates formes virtuelles .
  • Il est aussi résilient que les équipes de santé locales impliquent les dirigeants locaux, les bénévoles et les communautés dans des situations d’urgence.
  • Equitable : aussi bien dans les pays riches que dans les pays pauvre, la couverture de santé universelle est plus que jamais indispensable.

L’intervenant a conclut sa  contributions par les recommandations suivantes :

  • A long terme : augmenter l’investissement dans les soins de santé publique à l’abri des intérêts privés et de recherche de profits.
  • Investir dans la formation de base et soutenir la demande en personnels et en équipements.
  • Les pays du sud doivent augmenter leurs dépenses en faveur du secteur de la santé et allouer au moins 1 % supplémentaire du PIB aux soins de santé primaires.
  • Supprimer le paiement des tests et des soins liés à la pandémie
  • Agir de manière coordonnée, non seulement localement, mais aussi sur le plan national et international.
  • Garantir une gouvernance démocratique de la santé, tant au niveau national qu’international, et assurer à la population un système de santé solide, solidaire, crédible et bien financé.
  • La distribution des médicaments doit servir la population et non les sociétés pharmaceutiques transnationales.

 

  • L’iniquité en matière d’accès aux soins et inégalités sociales de santé.

 Oumaima Achour. Professeur à la F.S.J.E.S Agdal.

L’intervenante a  commencé sa contribution par la définition des concepts clés et l’évocation de la littérature très abondante en matière des inégalités, notamment les travaux nationaux et internationaux.

Pour elle, les inégalités sont un problème pour tout le monde. Elles reflètent non seulement les différences de revenus et de richesses, mais également les différences liés à des facteurs très différents physionomiques, ethniques, sociales, sexuels, génétiques ou encore géographiques, donc à la répartition inégale des chances.

Même dans les pays de système universel très avancé des inégalités persistent encore. Les populations défavorisées sont plus susceptibles d’avoir des maladies chroniques pouvant être des facteurs de comorbidité, notamment dans La situation de la pandémie de Covid-19.

Les inégalités sociales de santé  sont des différences systématiques et importantes dans lesquelles le domaine de la santé, observée dans des groupes sociaux très différents et ont des coûts sociaux et économiques importants tant pour l’individu que pour l’Etat.

En effet, différents rapports sur l’IDH ont démontré l’importance de l’équité sociale, d’où la nécessité de concevoir des politiques publiques visant la réduction des inégalités et des iniquités.

Grace aux efforts déployés durant plusieurs années en matière de la santé, les indicateurs nationaux de santé se sont sensiblement évolués sur le temps et l’espace, notamment à travers l’élargissement de  l’AMO, le RAMED, et actuellement le chantier de la restructuration de la stratégie de la protection sociale au Maroc.

La protection sociale est très importante. C’est une amélioration directe de la santé de la population et ce qui favorise également la croissance économique dans la mesure ou une augmentation de 10%  de l’espérance de vie peut ajouter 0,3 ou 0,4 points de pourcentage au taux de croissance annuelle par habitant selon l’OMS.

Il convient d’appréhender de façon plus globale, au-delà de la croissance, du développement humain, de l’indice IDH, les liens existant entre les différentes formes d’inégalités à travers des politiques visant à réduire cette inégalité. La crise a démontré que le renforcement du système de la protection sociale est un stabilisateur économique et politique des pays. Par ailleurs, la solidarité communautaire est un facteur très important, surtout dans une société comme le Maroc, pour essayer de combler les inégalités sociales en matière de santé.

Selon l’intervenante, il existe également une forte corrélation entre la position sociale et l’état de santé des individus, ainsi que leurs comportements individuels. C’est dans ce contexte qu’elle a proposé  les recommandations que nous exposons ci-après :

  • Mettre en place des politiques publiques égalitaires pour l’ensemble de la population. En fait le contexte actuel a poussé les décideurs à réfléchir dans ce sens, en se référant aux orientations des discours royaux recommandant un élargissement de la protection sociale et une couverture universelle au profit de tous les citoyens.
  • Répondre à la crise planétaire en mettant en place une équité sociale sanitaire.
  • Mettre en place une gouvernance universelle.
  • L’extension de la protection sociale et la mise en place de la couverture universelle
  • La mise en place d’une approche de protection sociale afin de rendre les catégories sociales vulnérables plus autonomes.
  • L’adoption des stratégies et des politiques sociales égalitaires, budgétisées dans des programmes harmonisées axées sur l’approche droits humains, tout en œuvrant à l’indivisibilité des droits.
  • En tant que crise existentielle, la covid-19 a démontré le besoin de mettre en place des ponts et des passerelles entre les différents programmes sociaux, afin de diminuer les problèmes dus aux inégalités.
  • Nécessité d’un encouragement étatique continu en faveur du chantier scientifique et digital via la préparation et le développent de la digitalisation du système de santé afin d’innover en la matière.
  • Promotion de la parité sociale afin de construire l’égalité entre femme et homme.
  • Valorisation et encouragement de l’intelligence collective dans laquelle nous sommes tous acteurs de changement, parce que les problèmes sociaux et sociétaux sont universels.

Panel 2

  • Vulnérabilité du système sénégalais face au Covi-19

Amadou Saw : Médecin et membre du Conseil de l’Agence de la couverture sociale au Sénégal

L’intervenant a planifié sa contribution selon trois axes : il  a d’abord mis le focal sur l’organisation du système de la santé, ensuite, il a mis en lumière les défis auxquels ce système est confronté, avant de proposer à la fin certaines perspectives pour revoir ce système afin de le rendre performant et pérenne.

Concernant l’organisation du système de santé sénégalais, celle-ci est faite sous forme d’une pyramide qui a à la base les cases et centres de santé et au sommet les hôpitaux classés du niveau 1à3. Parallèlement à ce système d’offre de soins, il y a l’administration à travers ses trois niveaux : central, intermédiaire et opérationnel.

Il est à relever que L’Etat compte 17 M d’habitants avec seulement 35 hôpitaux 103 centres de santé, qui sont tous installés à Dakar et dans certaines zones urbaines. Ce qui prive de larges pans de la société à accéder aux soins nécessaires.

Le deuxième point à évoquer dans le cadre de l’organisation  c’est que le secteur privé  couvre 46%  de l’offre de soins. Cependant, Il n’est pas  impliqué même dans cette crise de lutte contre le Covid-19.

Le financement du système de la santé pose également problème. La contribution des ménages représente l’essentiel de financement du système de santé sénégalais.  Par ailleurs, la production des médicaments représente également un autre défi  car plus de 90% des produits pharmaceutiques sont importés.

La demande de soins pose également un certains nombre de problèmes. Elle est caractérisée par une multitude de régimes qui ne sont pas interconnectés. Par conséquent, l’offre de soins et l’assurance maladie est éclatée, elle n’est plus obligatoire, elle est gérée par le secteur privé  et composée majoritairement des populations à faibles revenus.

Outre l’organisation, La Vulnérabilité du système sénégalais est due aux défis auxquels il est confronté  avant et en cours de la crise de la covid-19, à savoir :

  • Problèmes des maladies infectieuses et chroniques.
  • Inégalité dans l’accès aux soins.
  • Insuffisance des ressources humaines et financières et le manque en équipements et en infrastructure.
  • Disparités énormes entre les régions de pays : le pays compte 14régions administratives dont trois ne disposent pas de spécialités très importantes. La Covid-19 est venue accentuer davantage les inégalités que ce soit sur le plan géographique ou financier.
  • Saturation du système de santé. Dès le début de la pandémie, le système de santé sénégalais s’est trouvé face à beaucoup de difficultés, on ne disposait que de 50 lits de réanimation, du coup l’essentiel des malades sont pris en charge à domicile
  • Au Sénégal, à l’instar de plusieurs pays du sud, on recourt à l’évacuation sanitaire mais durant la pandémie, les frontières étaient fermées d’où l’urgence d’assurer une certaine souveraineté sanitaire.

Afin d’instaurer un système de santé performant et résilient  et fournir des soins de qualité certaines Perspectives sont à envisager:

  • Instauration des partenariats publics/privé et implication du secteur privé, comme partenaire incontournable, dans les politiques publiques sanitaires.
  • L’industrialisation des produits pharmaceutiques afin d’assurer la souveraineté dans ce secteur.
  • Renforcement de la couverture sociale universelle par le ciblage et la pérennisation des sources de financement innovant (seulement 20% des populations sont couvertes compte tenu des ressources et des revenus limités).
  • Digitalisation du système de santé (actuellement, une panoplie d’applications est en cours d’installation et de développement au niveau du ministère)
  • Le droit d’accès aux médicaments et aux vaccins de qualité, surs et efficaces disponibles et à des prix adorables pour tous.

Ali Lotfi,  Président du réseau marocain pour la défense du droit à la santé et droit à la vie.

Les défis de la pandémie dépassent les frontières. Ce n’est plus l’apanage d’un pays ou d’autre, d’où la nécessité d’une approche globale qui mérite d’être débattue à l’occasion de ce forum mondial.

Selon l’intervenant, un nouveau modèle de développement est devenu indispensable de plus en plus par la recherche scientifique, l’innovation, l’éducation, la prévention, l’égalité des chances et la démocratie dans toute les sociétés.

Un constat mérite d’être mentionné dans le domaine de la santé, face à la Covid-19, les grandes nations, compte tenu de leurs atouts,  n’ont pas pu faire face d’une manière résiliente à cette pandémie malgré le potentiel gigantesque dont elles disposent.

Certes, Dans les pays de sud les chiffres sont moins alarmants que dans les pays développés, toutefois la Covid-19 a dévoilé la vulnérabilité de leurs systèmes de santé, ce qui a démontré l’importance de ce secteur, qui a été relégué au second plan. Il faut donner beaucoup plus d’importance à l’accessibilité  et au droit de l’homme à la santé.

Les modèles traditionnels des systèmes de santé  sont caractérisés par une faible capacité de résister en raison des problèmes liés principalement au financement. Il est à signaler, dans ce cadre, que la majorité des systèmes de santé sont dictés par les bailleurs de fonds  et les institutions internationales, ce qui les rend inadaptés à leurs contextes. De surcroît, le chiffre d’affaires des sociétés pharmaceutiques est supérieur à celui réalisé dans le secteur de l’armement, d’où l’appauvrissement des populations des pays de sud à cause des prix très élevés des médicaments.

En effet, cette pandémie semble creuser davantage les inégalités sociales et géographiques.

Le système marocain de santé est vulnérable à cause des politiques inadaptées. Il s’est classé dans des rangs reculés de l’IDH. Il a été rapporté que les dépenses totales de la santé ne dépassent pas 5 à 6%, ce qui reste en deçà des attentes de la population, alors que l’OMS recommande un taux de 10 à11%. Par ailleurs, 20% des marocains vendent leurs biens pour se soigner et 70% de médicaments sont fabriqués au Maroc dont plus de la moitié sont des principes au lieu des médicaments génériques. Ainsi, les dépenses pour l’achat des médicaments représentent 40% des dépenses globales en matière de la santé.

Il est à souligner que la disponibilité des médicaments pose également problème, outre leur efficacité et leur qualité. D’après l’OMS,  Le trafic mondial de médicaments est aujourd’hui 20 fois plus rentable que la vente de l’héroïne. De surcroît, En Afrique 42% de médicaments vendus sur le marché sont falsifiés à défaut de traçabilité et de pharmacovigilance.

Les inégalités à travers le monde sont frappantes. Les pays de nord ont leur part de vaccins alors que les pays de sud  souffrent pour l’avoir en dépit de la création d’un fond commun reposant sur une approche de financement global.

Dans ce contexte, Mr. Ali Lotfi a proposé certaines recommandations pouvant surmonter ou encore alléger l’ampleur des ces défaillances, en l’occurrence:

  • Surmonter et contenir la propagation du virus.
  • Atténuer l’impact économique global de la pandémie et favoriser une reprise rapide de l’activité pour surmonter la crise.
  • Mettre à disposition la vaccination pour la population cible.
  • Agir sur les déterminants sociaux de la santé : le travail, l’habitat, l’éducation, la prévention…
  • Faire en sorte que les patients aient accès aux soins équitables.
  • Assurer la disponibilité et l’accessibilité aux médicaments fiables.
  • La résilience des systèmes de santé en Afrique face aux crises

Mohamed SGHIAR ; Doctorant en économie à la FSJES Souissi ; Rabat

L’intervenant a fait un rappel des différentes contributions scientifiques traitant la relation entre la santé et le développement. Il a souligné le rôle du système de la santé comme facteur de croissance et moteur de développement économique et d’inclusion sociale (offre de travail, productivité, éducation, épargne et investissement).

L’intervenant a exhibé également les défis auxquels le système de santé fait face, en l’occurrence :

  • Le taux élevé de la mortalité juvénile et maternelle.
  • Les taux de prévalence des maladies  transmissibles (VIH /Sida, TB, Paludisme)
  • La propagation des maladies chroniques non transmissibles.
  • La persistante des crises sanitaires et de la vulnérabilité suite aux récentes épidémies ( Ebola et fièvre jaune, Covid 19).
  • La croissance démographique trop élevée.

Mr. SGHIAR  a exposé également l’impact du Covid 19 sur les systèmes de santé en Afrique, à savoir:

  • L’Utilisation à d’autres fins des budgets destinés à des maladies courantes ;
  • La Perturbation de l’approvisionnement due à des ruptures de stock ;
  • Hausse des coûts ;
  • Délais de production beaucoup plus longs

Perturbation majeure des transports

Un système de santé résilient capable d’anticiper les chocs et le stress, d’y réagir et d’y faire face est la seule solution pour  diminuer la vulnérabilité sanitaire et améliorer durablement la santé des populations.  Les efforts déployés en matière de  lutte contre la pauvreté ont Certes aboutis à des résultats favorables (baisse de 57% en 2015 à 43% en 2015), néanmoins, la répartition des ressources et des services demeure toujours inéquitable.

-Déficit et inadaptation des  ressources financières : La moyenne des dépenses de santé en Afrique subsaharienne  passe de 113 USD (1995) à 306 USD (2014). Dans un premier lieu, les dépenses par habitants en Afrique subsaharienne enregistrent les résultats les plus bas en comparaison avec les autres pays. Dans le second, les dépenses  de la santé publique ont  progressé lentement et restent loin des objectifs ambitieux de la déclaration d’Abuja.

Les populations assument, de leur part, des dépenses considérables en matière des soins de santé (paiement direct des services de santé). Ainsi, 3,2% de la population africaine  prennent en charge de flagrantes dépenses de santé en une année, ce qui aggrave la situation socio-économique des individus et augmente, par conséquent, le taux de la  pauvreté.

Les dysfonctionnements du système de la santé sont ainsi le produit des problèmes ci-après :

-Insuffisance des ressources humaines : L’Afrique subsaharienne, avec 24 % de la charge des maladies à travers le monde, ne dispose que 3% de l’effectif mondial de personnels de santé (OMS 2006). Il existe une pénurie remarquable  en médecins, infirmières et sages-femmes (environ 2,7 millions de personnels en 2013, chiffre qui reste  en deçà  de l’indice des ODD qui préconisent 4,45 millions pour 1000  habitants).

-Accès limité aux principaux médicaments dû à un système d’approvisionnement et de distribution inadéquats. La disponibilité des différents médicaments s’élève à 21% dans le secteur public et 22% dans le secteur privé, avec une forte présence des produits médicaux contrefaits ou inférieurs aux normes.

-Un accès limité à l’information et une utilisation inappropriée.          

Selon l’intervenant ces  différents facteurs contribuent inéluctablement  à une aggravation de l’état  de santé des populations défavorisées, suite aux couts élevés de service de la santé, la perte de revenus, la propagation des pathologies catastrophiques, une protection sociale et une couverture médicale limitées… ces facteurs impactent également la situation socio-économique  de ces populations à cause de l’insuffisance des dépenses publiques , la lourdeur des frais pris en charge par les patients, la pauvreté… etc

En effet, selon l’intervenant, le contexte africain fait l’objet d’ores et déjà de plusieurs défis qu’on résume comme suit :

  • Crises politiques
  • Catastrophes naturelles
  • Faiblesse des systèmes de santé
  • Faible niveau de gouvernance et de responsabilisation
  • Manque d’harmonisation et d’alignement de l’aide
  • Taux élevés de dépenses personnelles en soins de santé
  • Infrastructure sous-développée et déterminants sociaux sanitaires négatifs

Les deux panels ont suscité un Débat fructueux à partir duquel on a pu dégager les recommandations suivantes :

  • Le partenariat publique/privé ne doit pas être une fin en soi mais un moyen ;
  • L’orientation du système vers les soins de base ;
  • L’Egalité d’accès aux soins médicaux ;
  • Un Investissement efficace dans le système de la santé
  • L’adoption d’un système basé sur la solidarité par cotisation : le financement doit être assuré par l’Etat et les cotisations des citoyens pour qu’ils se responsabilisent compte tenu de leurs revenus.
  • L’exigence d’identifier en interne les problèmes qui entravent le secteur de la santé en travaillant sur la rationalisation de personnel et du financement. C’est d’abord au niveau interne qu’il faut œuvrer en palliant au manque de moyens, d’infrastructure et de personnel mais en assurant également le marché sur lequel on peut compter pour se spécialiser dans la production de médicaments pour certains types de pathologies.
  • L’instauration des partenariats tripartites entre l’Etat, le secteur privé et le secteur associatif ou communautaire
  • L’organisation et l’encadrement du système de médecine traditionnel afin de pouvoir l’intégrer.
  • L’intégration du secteur privé dans l’élaboration des politiques publiques.
  • L’adoption d’un pilotage politique efficient
  • Agir sur le financement
  • Développement et encouragement de la recherche en matière de la santé.
A propos CERSS مركز الدراسات 249 Articles
Administrateur du site

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*