Mémorandum du CERSS sur la nouvelle voie de développement

Propositions pour un ‘’nouveau modèle de développement’’  la veille du débat marocain sur la question

Le CERRS, dans le cadre de sa contribution au débat sur le « nouveau modèle de développement » a procédé au préalable à l’examen de l’état des lieux à la fois du diagnostic et des propositions. Ainsi un tour d’horizon sur les aspects propositionnels contenus dans la littérature existante produite par plusieurs institutions et organisations nationales et internationales concernés par les questions de développement a été effectué.

De nombreux rapports ont formulé de multiples recommandations pour le développent du pays, par rapport à la voie de développement adoptée jusque-là. 

Le débat national actuel sur le modèle de développement peut constituer un tournant pour l’émergence économique du pays. Le Maroc s’est officiellement engagé dans la recherche d’un ‘’nouveau modèle de développement’’ qui doit lui permettre de mieux faire face aux enjeux que constituent la concurrence mondialisée, la cohésion sociale nationale, la création d’emplois, le renforcement du capital humain et le bien-vivre de son peuple.

Des institutions de gouvernance ont déjà élaboré ces dernières années des diagnostics de qualité et proposé des recommandations pertinentes. On pense bien évidemment à celles du CESE, au CNDH, au CC, à l’ICPC, à la Cour des comptes, etc.

Il y a un acquis national en matière de ‘’diagnostics’’ et de propositions à prendre en compte. Comment faire pour dégager des convergences sur des constats essentiels et établir des priorités en termes d’actions et de réformes ? Le modèle actuel du développement du pays était considéré comme un modèle qui a atteint ses limites, ne produisant pas suffisamment de richesses, et incapable de résorber les déficits sociaux et les disparités régionales du pays. Dans ce sens, plusieurs institutions nationales et internationales ont repensé ce modèle de développement et leurs contributions qui questionnent le modèle actuel, fournissent à la fois des pistes de relance. Le diagnostic réalisé par les organisations nationales et internationales a identifié plusieurs contraintes majeures pour l’instauration d’un modèle de développement efficace et efficient, plus soutenu, plus durable, plus inclusif et davantage équitable pour le Maroc, en l’occurrence :

1) La Gouvernance démocratique, la régionalisation avancée et l’aménagement du territoire :

Certains centres de réflexion ont avancé des propositions sectorielles et transversales en matière d’économie, d’investissements, de justice sociale, de capital humain, de confiance, de société et d’ancrage international du pays. Il ne s’agit pas d’inventer un « Modèle Maroc », mais plutôt d’une réflexion approfondie autour de la capitalisation sur les différents acquis du pays, de l’identification des points de blocages et de la capacité à être inventif en proposant des pistes de solutions concrètes, crédibles, réalistes et opératoires. Autrement dit, capitaliser sur ses avancées et adapter son modèle de développement au contexte et aux défis actuels pour pouvoir répondre, de manière concrète et pérenne, aux inégalités sociales et territoriales. Il s’agit d’une approche participative qui permettrait de mettre en lumière la nécessité de considérer la refonte du modèle de développement national d’un point de vue multidimensionnel et holistique, à travers la prise en compte de l’ensemble des facteurs endogènes, à la fois les réalités, les dynamiques et les contraintes internes, et des facteurs exogènes, c’est-à-dire les réalités externes, les dynamiques géoéconomiques et les contraintes internationales qui ont un impact sur le pays.  Or, appréhender le modèle de développement du simple point de vue de la croissance économique serait une réponse plus que partielle face à la nécessité de réinstaurer la confiance en l’avenir, mais également d’établir une société plus juste et plus inclusive.

Les propositions qui ont été énoncées paraissent, par nature, complémentaires et ne sauraient donc être considérées individuellement. Elles ont vocation à faire partie d’un tout, à savoir le cheminement vers l’émergence, le renforcement de la justice sociale et l’atteinte d’une forme de prospérité partagée à travers la mise en place de solutions novatrices.

Les Fonds, Agences, Programmes et Entités du Système des Nations Unies pour le Développement (SNUD) qui apportent leur soutien aux efforts de développement durable du Maroc dans le cadre du Plan cadre des Nations Unies pour l’aide au développement (UNDAF) ont élaboré des réponses à partir des efforts  conjugués de l’Etat marocain et du Système des Nations Unies pour le Développement et des partenaires concernés aux priorités nationales de développement durable et inclusif. Ils considèrent que les partenaires institutionnels et la société civile doivent mettre en œuvre le processus de régionalisation avancée et les principes d’une gouvernance démocratique participative et sensible au genre et le handicap et fondée sur les droits humains, tels que consacrés par la Constitution et les engagements internationaux. Ainsi, intégrer les principes d’une croissance économique et d’un développement inclusifs et durables dans les politiques publiques et stratégies nationales en matière de développement industriel, d’environnement et d’aménagement du territoire.

Dans la même perception, et pour activer le processus de régionalisation avancée, la Banque Mondiale a plaidé pour une meilleure planification, ainsi que pour l’adoption d’une “approche minutieuse pour éviter les redondances des centres de décisions et assurer une utilisation rationnelle des ressources. Elle a mis l’accent sur l’amélioration des institutions et des services publics, et affirmant qu’il est indispensable de réformer la gouvernance des services publics afin de les rendre plus efficaces et équitables. Cette réforme doit placer le citoyen usager au cœur du système, en tant que bénéficiaire et régulateur, et s’attacher à rendre les services administratifs plus efficients, en simplifiant les procédures et en renforçant la reddition des comptes, moderniser la fonction publique en poursuivant résolument les efforts de décentralisation, en améliorant les performances du personnel et de l’administration et en réduisant les effectifs superflus et en rationalisant l’administration.

Le Fonds Hassan II considère que l’un des principaux leviers d’un développement performant serait une territorialisation effective sur le plan de la création de richesses, d’opportunités d’emplois et d’attractivité pour que les populations puissent se déplacer d’un territoire à un autre pour se former, s’éduquer, se soigner… Le but est de se retrouver avec des territoires créateurs de valeur et de richesses pour l’ensemble du pays, avec la répartition équitable des ressources.

Dans la même perspective, le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) propose un développement différencié des territoires, selon leurs spécificités et atouts en améliorant le système de gouvernance, à travers la responsabilisation, la transparence et la reddition des comptes. Le challenge porte également sur la qualité de l’exécution et de la gouvernance des plans sectoriels et qui pourraient être la matière première pour poser les jalons d’un nouveau modèle de développement.

Par ailleurs, le Conseil de la Concurrence a proposé de favoriser notamment la mise en place de politiques publiques qui permettraient de répartir cette richesse de façon juste et équitable entre toutes les couches de la société et entre toutes les régions du pays à partir d’une gouvernance responsable et participative, mais aussi un usage durable des ressources.

Sur un autre registre, afin d’assurer une bonne coordination dans le secteur public et privé, il est primordial d’accélérer les efforts de digitalisation des services publics pour garantir la réussite du projet E-Gov, d’accompagner le développement économique du secteur à travers une réforme innovante de la commande publique, de renforcer la “progicialisation”.

2) Etat de droit, droits humains et justice :

La consécration de l’effectivité des droits de l’Homme et des libertés, en tant que fondamentaux d’un développement humain équitable, constituerait un des défis les plus importants auxquels fait face l’édification d’un modèle de développement alternatif. Il convient de noter que le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH) et ses commissions régionales des droits de l’Homme (CRDH) avaient débattu de l’effectivité des droits et des libertés au Maroc en prenant en considération trois instants liées et complémentaires :

– Evaluer et passer en revue l’état de l’effectivité des droits au Maroc en fonction des spécificités géographiques et socio-économiques de chaque région ;

– Explorer quelques piliers de la réflexion pour construire une approche basée sur les droits de l’Homme pour le développement

– Proposer des approches en vue de promouvoir et soutenir l’effectivité des droits et des libertés, selon une vision intégrée qui pourrait servir de base à la formulation de politiques nationales intégrant les droits et les libertés et apte à relever les défis au niveau des douze régions.

Dans cette perspective, nombreuses associations avaient suggéré d’approfondir la réforme du pouvoir judiciaire, de redonner aux médias leur autonomie en protégeant les journalistes des lois liberticides et en organisant les conditions de l’indépendance financière de la presse et aussi d’extirper certaines lois, d’interdire le mariage des jeunes filles mineures, d’investir massivement dans la politique de santé. Le texte évoque aussi la dépénalisation des relations libres entre adultes consentants et la liberté de conscience et de culte, la lutte contre la corruption et la réforme des programmes de l’éducation nationale, entre autres. Tandis que certaines institutions ont recommandé le renforcement de l’État de droit et la justice en envoyant un signal fort de changement de paradigme dans la protection des personnes, des biens et des contrats. D’autres ont appelé à réenclencher la réforme de la justice, “un chantier fondamental pour les droits humains et sociaux.

3) Economie nationale, justice fiscale et concurrence :

Un « Modèle de Développement », ne peut être qu’un projet à long terme, inclusif et participatif. Le terme « nouveau » renverrait à l’idée de rupture, d’efficacité tenant compte des impératifs de croissance et d’égalité sociale, aussi bien que des tendances au niveau mondial, avec une certaine résilience par rapport à des évolutions qui dépassent les décideurs. Or, prôner la nouveauté ne signifie pas abandonner ce qui est ancien, puisqu’il y a des acquis sur lesquels il est possible de capitaliser, en reconnaissant les limites du modèle préconisé jusqu’à présent. À partir des points de force, il faut construire un modèle de développement économique qui assure une croissance dynamique, forte, inclusive et durable, qui garantit l’égalité des chances et favorise l’épanouissement de l’individu, une croissance économique basée sur la densification du tissu productif et la PME, ainsi que l’intégration aux chaînes de valeurs mondiales.

Dans cette perspective, les termes de ce débat national consistent à construire un modèle de développement à même de contribuer à produire davantage de richesse et d’emplois, en particulier au service des jeunes et des femmes. Ce modèle de développement doit répondre à trois impératifs : produire plus et mieux, répartir de façon juste la richesse produite et intégrer la dimension durable dans le développement.

La dimension fiscale serait aussi au cœur du projet de nouveau modèle de développement car elle est liée à la problématique du financement de la mise en œuvre de ce modèle. Elle doit servir à concrétiser ces trois impératifs. D’où la nécessité d’avoir un modèle fiscal qui permet plus de compétitivité à l’économie du pays, l’inclusion et la justice et l’équité fiscale et l’intégration de la dimension durabilité à travers une fiscalité dédiée à l’économie verte et aux questions de changement climatique. Le Maroc a atteint un niveau préjudiciable aux générations futures et que la rationalisation des dépenses publiques, même s’il y a encore une marge, elle ne soit pas la piste la plus importante à ce niveau. Il y a encore des marges extrêmement importantes, en mettant en avant une quatrième piste, nouvelle, qu’il estime être l’avenir du nouveau modèle de développement : encourager le génie et l’intelligence nationale.

Dans ce sens, il faut réunir les conditions de mobilisation de l’ensemble des acteurs pour encourager le génie et l’intelligence nationaux et ainsi produire des richesses nouvelles. Cela permettra, grâce à une fiscalité qui tient compte des dimensions économique, sociale et environnementale, de financer un nouveau modèle de développement économique du pays. Il assure ainsi que la fiscalité a un rôle à jouer pour promouvoir le capital immatériel : l’éducation, la formation et l’innovation.

Certaines organisations internationales soutiennent que le processus de réformes dans lequel le pays est actuellement engagé pour appuyer l’indentification d’actions clés au service d’un nouveau modèle de développement doit se caractériser par un rôle affirmé de l’État dans l’économie, notamment en termes d’investissement, la stabilité politique, économique et sociale, le choix de l’ouverture économique, et une articulation des politiques sociales en faveur des plus vulnérables. Ce modèle est appelé à évoluer pour répondre à ses propres limites ainsi qu’aux transformations de l’économie mondiale.

Selon le FMI, l’économie marocaine continue de profiter de la poursuite de politiques macroéconomiques prudentes et de réformes structurelles des dernières années. L’amélioration de la gestion budgétaire et la diversification de l’économie ont rendu cette dernière plus résiliente. Cependant, le chômage, en particulier parmi les jeunes, demeure élevé. Aussi est-il essentiel de continuer à promouvoir une croissance plus élevée, durable et plus inclusive. Des réformes structurelles importantes ont été engagées. Il est nécessaire d’en accélérer la mise en œuvre pour accroître les gains de productivité, créer davantage d’emplois, et rehausser le potentiel de croissance, en ligne avec les objectifs de moyen terme du gouvernement. Il est notamment essentiel d’améliorer la qualité de l’éducation, le fonctionnement du marché du travail et le taux d’activité des femmes, ainsi que l’environnement des affaires.

Sur la base des écrits théoriques et empiriques relatifs au modèle économique marocain souhaité, la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de Ain Chock a essayé de mettre en avant «le rôle central que joue le partage primaire des richesses, en l’occurrence celui de la valeur ajoutée qui se réalise au détriment des salaires, à savoir :

Une fiscalité du patrimoine : est proposée une taxation forte et progressive sur les transferts de propriété sous forme d’héritage ou de passation entre les vivants et l’imposition du stock de patrimoine dormant, car il représente un outil efficace pour réinjecter des moyens financiers dans l’activité économique sous forme d’investissement productif ou de financement de biens publics.

Une politique de rémunération : l’objectif primordial est l’institutionnalisation d’un système d’indexation de la croissance des salaires sur un taux planché composé à partir du taux d’inflation et du taux de croissance de la productivité du travail, tenant compte des spécificités régionales et des contraintes sectorielles et en assurant un pouvoir d’achat stable ;

La réorientation de l’appareil productif national : un rééquilibrage du partage de la valeur ajoutée passe également par une économie capable de créer suffisamment de nouveaux postes de travail pour répondre à une délicate situation d’emploi avec une politique nationale de concurrence et de régulation.

Bank Al Maghrib a appelé à initier une véritable refonte des composantes de l’ancien modèle et une série de ruptures au niveau de la conception et de la mise en œuvre des politiques publiques. En effet, il s’agit de partir sur des bases saines à travers des politiques sectorielles. L’industrialisation, créatrice de valeur ajoutée et d’emplois de qualité devrait être au centre de ces mutations à côté des autres stratégies sectorielles lancées ces dernières années mais dont les résultats jusqu’à présent restent contrastés. La mise en place d’écosystèmes est une orientation prometteuse qui devrait améliorer les résultats de ces stratégies et renforcer les petites et moyennes entreprises, épine dorsale du tissu industriel.

Des organisations de la société civile proposent également un modèle de développement national prospère et juste qui privilégie une politique de l’offre pour stimuler la production de richesses matérielles, sans sacrifier le devoir de l’Etat en termes de redistribution des revenus et de partage équitable des avoirs et des actifs, mais aussi de centrer la politique industrielle sur l’innovation pour briser le plafond de verre de la croissance économique et créer massivement des emplois.

4) Capital humain

Le FMI encourage les reformes visant à renforcer la gouvernance et l’efficacité du secteur public et à lutter contre la corruption, en particulier avec l’adoption de la loi sur l’accès à l’information et la publication du premier rapport sur la mise en œuvre de la stratégie nationale de lutte contre la corruption.

La cohérence des stratégies sectorielles a été soulignée pour que l’action publique gagne en efficacité si les différentes politiques publiques sectorielles étaient plus cohérentes entre elles, dans leurs objectifs et dans leur mise en œuvre. «Le Maroc devrait se doter d’objectifs prioritaires de développement clairs et partagés, niveler par le haut la qualité des stratégies sectorielles et renforcer les mécanismes de coordination interministériels», note le rapport. Le Royaume «gagnerait à développer une véritable culture de l’évaluation au sein de l’administration en rendant plus systématique l’évaluation des stratégies, et en mettant en place une instance d’évaluation indépendante et dotée de moyens financiers et humains suffisants».

Pour les Nations Unies, les nouvelles recommandations définissent le contexte de développement et les priorités nationales. Il s’agit d’en faire un cadre agile et flexible, actualisé régulièrement, qui permet de suivre et refléter les évolutions en matière de développement.

Une autre vision conçue par la Fédération des technologies de l’information, des télécommunications et de l’Offshoring considère le digital comme la colonne vertébrale du nouveau modèle de développement économique. L’objectif est d’accompagner la réflexion nationale autour du nouveau modèle de développement, sous l’angle digital et son rôle dans les politiques publiques et les stratégies de croissance des entreprises marocaines. La transformation digitale et la mutation numérique seraient une réelle force motrice et un fil conducteur pour le développement de l’ensemble des secteurs stratégiques du pays, pour la modernisation de l’État et pour la promotion de l’économie nationale et son rayonnement à l’international. Elle décrypte les enjeux et les défis auxquels sera confronté le secteur des nouvelles technologies au cours des dix prochaines années, et démontre l’impact irréfragable du secteur dans l’ensemble des politiques publiques et privées marocaines.

L’objectif est de fédérer les parties prenantes du secteur autour d’une vision commune et renforcer les partenariats et les coopérations avec les institutions publiques et internationales ainsi qu’avec d’autres secteurs ayant des enjeux convergents (Offshoring, industrie, commerce)”. Figurent aussi parmi les objectifs, l’intégration des évolutions technologiques et les services dédiés dans l’ensemble des stratégies sectorielles de l’Etat Cloud, block Chain, intelligence artificielle ainsi que l’ensemble des technologies autour de l’industrie, et la sensibilisation autour des prérequis nécessaires à la réussite de la transformation digitale du pays. Il est proposé d’assurer le leadership et l’engagement politique à l’égard de la stratégie digitale du pays, grâce à une combinaison d’efforts visant à promouvoir la coordination et la collaboration interministérielle, d’encourager la coopération entre les différents types d’acteurs : grands groupes, start-ups, instituts de recherche et pouvoirs publics. Sur le volet Afrique, il est préconisé de développer un pôle régional technologique.

Les mêmes acteurs proposent la création d’un Think Tank national dédié à la réflexion, la participation et la production de recommandations opérationnelles et ayant notamment pour objectifs la sensibilisation sur les enjeux, défis et problématiques du secteur IT, et mettre en avant les enjeux du digital, notant que celui-ci peut contribuer à l’amélioration de la productivité des entreprises et des services des citoyens et réduire les disparités.  Ainsi la création d’un cadre de gouvernance efficient, agile et adapté au secteur est considérée comme vitale.

Pour une émergence effective, toutes les propositions des organisations nationales et internationales renvoient d’une manière ou une autre à investir dans le capital humain.

La Banque mondiale a rappelé que le Maroc doit mettre l’éducation au cœur de ses réformes s’il entend accélérer son développement économique. La démarche doit relever d’une forme de « thérapie de choc » destinée à remédier aux principales entraves qui pèsent sur le système éducatif. L’objectif doit être de provoquer une amélioration significative du niveau des élèves du système éducatif national, tel que mesuré par les tests internationaux, de développer la prise en charge et l’éducation des jeunes enfants pour garantir l’égalité des chances dès le plus jeune âge et améliorer les résultats économiques à long terme. Il est impératif de veiller à ce que tous les enfants aient accès à une éducation préscolaire, ainsi qu’aux autres conditions nécessaires à leur développement, d’investir dans la santé en vue de renforcer le capital humain, en élargissant la couverture médicale, en améliorant l’efficacité des services publics de santé et en renforçant la gouvernance générale du système de santé.

Dans le même sens, les Nations Unies ont insisté sur la nécessité d’assurer l’accès universel à une éducation et une formation de qualité, équitable et inclusive, et renforcer la couverture sanitaire de la population, par des services de santé intégrés, de qualité et abordable.

Quant à l’OCDE, elle suggère de combler les failles du système de formation des compétences, de relever le niveau de formation de la population en adéquation avec les besoins de l’économie. Cela devrait passer, entre autres, par une meilleure planification des besoins et une meilleure distribution des ressources humaines, tout en rendant attractifs les parcours des enseignants. De plus, « le Maroc doit résoudre l’inadéquation entre formation et emploi», compte tenu du faible taux d’emploi et du taux de chômage des diplômés. En cela, l’OCDE recommande, entre autres pistes, un développement du capital humain qui repose sur l’innovation pédagogique, l’autonomisation de l’apprenant et la formation tout au long de la vie « Lifelong Learning », de développer les filières plus proches des besoins de l’économie, comme celles qui débouchent sur un diplôme professionnel, et de mettre en place des mécanismes efficaces pour anticiper les besoins du marché.

Dans son mémorandum la Faculté de Ain Chok, a relevé les conditions de promotion et de réussite de l’investissement productif et à l’éducation qui doit être ouverte à tous, mais avec un système d’orientation pour garantir l’acquisition de vraies compétences. «L’éducation est un élément essentiel au développement par la qualification qu’elle donne à la main d’œuvre et parce qu’elle développe les capacités d’analyse et d’initiative des citoyens».

La Fédération des technologies de l’information, des télécommunications et de l’Offshoring propose une offre de formation qui situe les technologies du digital comme connaissance fondamentale dans le cursus scolaire et universitaire, quelle que soit la filière.

  • Capital social :

La démarche de renouveau ne peut que cibler davantage les catégories vulnérables souffrant de conditions de vie déplorables et de la marginalité en priorisant celles vivant dans les zones rurales et dans les périphéries des villes en adoptant des politiques publiques luttant contre  les disparités sociales , des politiques susceptibles de mettre fin à l’enlisement de l’héritage générationnel de la pauvreté.

Un pacte social doit être élaboré, fondé sur un regain de confiance, de patriotisme, de resserrement des liens sociaux et de renforcement de la solidarité à travers la protection sociale. Le CESE et Bank Al Maghrib recommandent des scénarii proches visant la structuration de l’économie informelle, la fin de la rente, l’instauration d’une concurrence saine, la promotion de l’entreprenariat et de l’innovation et la transformation structurelle de l’économie. Ils proposent également d’inclure les populations discriminées, notamment les personnes démunies, les femmes et les ruraux. Le nouveau modèle de développement doit également s’appuyer sur la solidarité intergénérationnelle à travers la protection sociale, la préservation du capital naturel. Le tout doit être en conformité avec “le nouveau contrat social à mettre en place, qui renforcerait le lien social et la cohésion de l’ensemble de la société et qui rétablirait la confiance de l’ensemble des acteurs et forces vives du pays dans les institutions et dans le projet sociétal autour duquel se mobilise ce débat national”.

Les Nations Unies à travers leurs diverses organisations insistent sur l’inclusion économique et la réduction des inégalités et des vulnérabilités en assurant  la réduction des inégalités socio-économiques territoriales et de genre dans les politiques publiques et les stratégies nationales et un développement rural inclusif, intégré et durable par les  acteurs nationaux

Investir dans le capital social constitue l’une des principales recommandations de la Banque Mondiale pour parvenir à une croissance inclusive d’ici 2040. Pour cela, il est indispensable de parvenir à l’égalité hommes/femmes en améliorant l’accès des femmes aux opportunités économiques et en favorisant leur autonomisation. Il est possible de concevoir des politiques publiques qui permettent à la fois de lutter contre les inégalités et les discriminations dont les femmes sont victimes et de promouvoir leur inclusion économique. Ainsi, encourager une plus grande confiance interpersonnelle. Pour accroître le capital social, le pays doit faire en sorte que la règle de droit soit mieux appliquée et respectée, de promouvoir le sens civique, d’encourager le développement de la société civile et d’accompagner l’évolution des normes socioculturelles.

Selon la Banque Africaine de Développement(BAD), le Maroc aurait réalisé des performances économiques remarquables au cours de la dernière décennie. Cependant la croissance n’a pas été suffisamment inclusive, et l’atteinte du stade de pays émergent est retardée. Dans l’agriculture, principale source de revenus en zone rurale, les gains de productivité sont encore faibles malgré le Plan Maroc Vert destiné à promouvoir l’agriculture et à alimenter l’industrie. La gravité des contraintes hydriques affecte la production, et accroît la volatilité des revenus agricoles, laquelle conduit à l’exode rural. L’agriculture, qui contribue de manière substantielle à la lutte contre la pauvreté rurale, doit être plus intelligente, se recentrer sur des activités à faible empreinte carbone et utilisatrices de technologies et d’innovations. Une dépense publique plus efficace et efficiente peut créer l’espace budgétaire nécessaire au financement des politiques sociales et d’aménagement du territoire, et de rendre la croissance plus inclusive.

Quant au FMI, il appelle à un meilleur ciblage des programmes sociaux, essentiel pour en améliorer l’impact et réduire les inégalités sociales. A cet effet, la mission encourage les efforts entrepris par le gouvernement en vue de l’établissement d’un registre social unique.

D’autres organisations ont appelé à l’amélioration de l’environnement des affaires, de l’investissement et de l’entreprenariat ; accélérer la réforme des retraites, dont la lenteur d’avancement devient préoccupante, et occasionne des coûts qui, s’ils continuent de s’alourdir, pourraient compromettre la soutenabilité des finances publiques à moyen terme.

  • Entreprise et compétitivité industrielle :

A côté de la politique des territoires et son rôle dans le développement économique, le Fond Hassan II affirme que l’entreprise est le principal créateur de richesses et qu’il faut l’aider, l’accompagner par des simplifications des procédure au niveau administratif, des clarifications des règles de jeu… Aussi est-il important que le chef d’entreprise accepte de se remettre en cause, de prendre de risques, sans oublier l’élément humain qu’il faut mettre en avant par la formation, l’éducation et l’encadrement. Pour y parvenir, il faut penser à la mise à niveau de l’entreprise par rapport aux exigences de la banque. Pour remédier aux difficultés de financement, une mise à niveau des entreprises pour se conformer aux règles imposées aux banques est nécessaire. Ainsi l’Etat et particulièrement la Caisse Centrale de Garantie doit déployer un effort continu d’accompagnement des entreprises pour les mettre à niveau aux exigences du système bancaire.

Quoique, la Faculté Ain Chok, considère que la moralisation des pratiques des entreprises familiales et de sociétés de personnes qui dominent le tissu productif national  doit être un des piliers dans toute quête de réduction des inégalités, il importe de procéder à une révision du Code du travail pour une nouvelle organisation des négociations dans les métiers sujets à la sous-traitance, ainsi que la prise en compte du rôle des banques. Il a été appelé à ce que le rôle de ces institutions financières soit ramené au financement du secteur productif. L’État est appelé à jouer le rôle de régulation.

Dans le but d’améliorer durablement la compétitivité du Maroc et de soutenir la création d’emplois de qualité, L’OCDE recommande de soutenir l’innovation, de favoriser l’émergence d’un secteur logistique structuré et de qualité et une utilisation plus intensive des normes de qualité par les entreprises, l’État et les consommateurs.

Le FMI a salué l’activation du Conseil de la Concurrence et la mise en œuvre d’une nouvelle stratégie d’inclusion financière, qui seront à même de contribuer à promouvoir la concurrence et à soutenir le développement des PME et le climat des affaires en général.

La Banque Africaine de Développement (BAD) a mis en exergue la diversification de l’économie dans les métiers de l’automobile, de l’aéronautique et l’électronique qui représentent les objectifs clés du plan d’accélération industrielle. Ces efforts de diversification devraient déboucher sur une extension de l’agro-industrie et des services, et stimuler le transfert de technologies et la création d’emplois. Son succès dépendra, entre autres, de la mise en adéquation des politiques de développement du capital humain avec les besoins des différents secteurs productifs. Or, l’amélioration de l’environnement des affaires doit être poursuivie pour créer des opportunités réelles de promotion du secteur privé, même si les autorités parviennent à créer des enclaves d’excellence à travers le pays avec des zones économiques spéciales. L’ouverture vers l’Afrique subsaharienne offrait aussi de nouvelles opportunités aux entreprises marocaines.

De son côté, la Banque mondiale insiste sur l’amélioration des institutions d’appui au bon fonctionnement des marchés. Cela serait possible si l’on   instaurait les mêmes règles du jeu pour tous les acteurs économiques, notamment l’établissement d’une concurrence libre et loyale, si l’on  promouvait un changement culturel à l’égard de l’entreprise et de l’innovation, si l’on allégeait la réglementation du travail et améliorait l’efficacité des politiques actives du marché du travail, sachant aussi que la refonte du code du travail ferait progresser significativement l’emploi formel, en particulier chez les jeunes et les femmes. Par une intégration plus forte dans l’économie mondiale, le Maroc pourrait accroître son attractivité pour les investisseurs et stimuler ses exportations.

Il s’agit dans l’ensemble de recommandations stratégiques et opérationnelles pour un positionnement pérenne et durable du secteur des technologies de l’information et des télécommunications ont été avancées. Elles proposent d’encourager, de soutenir l’alphabétisation digitale et de positionner l’ensemble des secteurs au cœur des problématiques de développement humain, de créer des mécanismes de financement pour le soutien des entreprises innovantes, d’élaborer un cadre réglementaire et fiscal du développement du digital dans l’ensemble des entreprises marocaines, de la TPME jusqu’aux grandes entreprises et de renforcer les infrastructures nécessaires au développement du secteur, à travers la mutualisation et l’accélération des investissements.

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