Hamid Aït Lemqeddem : Un secteur privé marocain à fortes potentialités

Le secteur privé joue un rôle central dans le développement économique, en créant des emplois, en générant de la croissance et des revenus et en diffusant les technologies. Il est le moteur de l’élargissement des possibilités commerciales qui repousse les frontières de la production pour les entreprises locales, génère des réserves de change. L’Etat doit créer un environnement plus favorable aux entreprises par l’élaboration et la réforme des politiques, le transfert de technologie et des initiatives en matière d’information et de développement des entreprises. Les décideurs doivent également fournir un soutien direct pour la création ou l’expansion d’entreprises au moyen d’accords de jumelage, de coentreprises, de PPP, de prêts concessionnels. Quelle importance du   secteur privé dans le développement économique ?

Toutes les analyses ont montré la faible contribution du secteur privé et sa stagnation dans le PIB. Ce secteur très fragile et peu créateur d’emplois se concentre autour d’entreprises établies dans le monopole ou secteurs protégés et ne montrent pas de signes de développement et de création de valeur.

Les revenus des 10 premiers groupes privés au Maroc représentent à peu près 14% du PIB national. Ce qui laisse peu de marge pour toutes les entreprises privées du Maroc (2 à 3 % du PIB). Les secteurs d’activités se concentrent plus dans les métiers de commerce, hydrocarbures, services, agroalimentaire,… Pour les 10 premières sociétés marocaines non financières (publique et privé), la part de leur revenu dans le PIB est de 23,2% en 2017.

L’Etat, à travers sa participation directe et/ou indirecte, contrôle des secteurs stratégiques sans valeur ajoutée notable, et instaure ainsi un système de symbiose avec une frange du secteur privé privilégiée dans les affaires et qui bénéficient de tous les avantages des incitations.

L’environnement de développement du secteur privé est scellé par son histoire et par sa liaison tumultueuse avec l’Etat. Ce qui ne favorise pas une émergence garant de l’indépendance dans un climat de transparence et d’égalité d’accès aux ressources.

La croissance passe par le développement du secteur privé : « Il importe d’ouvrir les marchés à plus de concurrence, permettre à de nouveaux acteurs économiques de contester ces marchés ».

Les marchés du secteur public représentent un levier à portée de main : la passation des marchés publics représente 200 milliards par an, de quoi alimenter le chiffre d’affaires de beaucoup d’entreprises. Un degré important de contestabilité et de compétition ouverte et juste permettrait de donner leur chance à tous les intervenants. Par ailleurs, et au-delà de la “manne publique”, la création de richesse à travers les entreprises engagées dans les nouvelles technologies ainsi que l’accroissement de la compétitivité à l’international sont des éléments fondamentaux d’une économie marocaine lancée vers l’avenir et vers les marchés nouveaux. L’Afrique subsaharienne, l’Europe et au-delà sont des profondeurs importantes pour le Maroc.

Cependant, le secteur privé ne peut pas agir seul. Les gouvernements sont les principaux responsables du cadre législatif et réglementaire permettant aux entreprises de jouer leur rôle. Des questions essentielles telles que la politique du libre commerce, la gouvernance saine et stable, l’investissement dans les infrastructures, les politiques économiques et monétaires, les structures de protection sociale et fiscale et les coûts d’affaires doivent être équilibrées par les gouvernements de façon à donner au secteur privé la capacité d’agir et l’inciter à l’action.

Le développement du secteur privé et la croissance des entreprises doivent également bénéficier du soutien des gouvernements. L’emploi est le meilleur billet de sortie de la pauvreté. Il faut de bons emplois, des emplois dans le secteur formel à travers les entreprises de ce secteur, des emplois qui répondent aux besoins de l’économie moderne, qui contribuent grâce à leurs impôts au développement des pays.

Les bases d’une relance

Quelles pourraient être les bases d’un nouveau départ :

Faire face à la concurrence déloyale et le monopole exige la mise en place un cadre réglementaire de la concurrence et rendre fonctionnels et opérationnels les organes de régulation et de surveillance. Elle rend nécessaire les privilèges des monopoles exercées à la fois par les entreprises privées et publiques dans les domaines et activités à faible valeur ajoutée. De même cela entend de mettre des seuils de participation des groupes économiques (grandes entreprises…) dans les secteurs non échangeables et définir des limites des opérations de fusions.

Il s’impose d’instaurer un système de transparence dans les transactions entre l’Etat et le secteur public et d’une procédure ouverte et généralisée. Dans le même versant de transparence, il est nécessaire aussi de publier à temps les états des actifs des groupes et des entreprises dépassant un seuil de monopole dans les secteurs économiques tels que l’agriculture, le commerce, les industries agroalimentaires, l’énergie, l’immobilier. Il se doit également d’abroger les privilèges réglementaires des entreprises publiques et des groupes historiques dans des secteurs particuliers. Par ailleurs, il s’impose aussi de publier à temps et régulièrement les états d’avancement des contrats-programmes liant les entreprises publiques, le secteur privé (à travers les fédérations) et l’Etat.

Du point de vue des incitations, il est nécessaire d’offrir les mêmes avantages à toutes les entreprises installées dont la contribution à la valeur ajoutée du secteur dépasse un seuil acceptable (80%) ; d’étendre les incitations à tous les exportateurs avec obligation de remplir les critères de contribution aux chaines de valeur nonobstant le site d’installation, l’historique de l’entreprise, et la position des actionnaires ; d’encourager la consommation des produits nationaux de bon rapport qualité/prix par les incitations sur les ventes, à travers un modèle d’intégration économique sous surveillance d’un organe indépendant.

Les facteurs de développement du secteur privé

Le secteur privé a besoin d’un “environnement porteur” qui permet à ses entreprises de fonctionner d’une manière efficace, ainsi que d’institutions et politiques spécifiques favorisant son développement. Parmi les plus importants de ces facteurs, peuvent être cités :

  • Stabilité macroéconomique :

Une gestion économique prudente, évitant toutes fluctuations et incertitudes, est essentielle pour la croissance économique. Toute action gouvernementale entraînant une forte inflation, une charge fiscale excessive, une distorsion entre les prix des facteurs, ou une pénurie de devises, décourage la création d’entreprises et l’investissement.

  • Système financier :

Un système financier efficace, qui mobilise l’épargne et la dirige vers les investissements, est un élément indispensable pour le développement économique. S’agissant des entreprises privées, il n’est pas seulement dispensateur de crédits, mais sert en outre à imposer une certaine discipline aux entreprises emprunteuses.

Inscrire le système financier dans une perspective sociale et environnementale, intégrant les facteurs sociaux, environnementaux et de gouvernance dans les politiques et réglementations encadrant les financements publics et privés.

  • Régulation :

Le secteur privé a besoin de règles garantissant la concurrence et l’application de pratiques commerciales loyales, mais toute réglementation superflue constitue un fardeau, réduit le nombre et l’efficacité des entreprises et restreint la concurrence.

  • Infrastructure matérielle :

La taille, les caractéristiques et l’efficacité du secteur privé dépendent largement de l’infrastructure existante. L’investissement public dans l’infrastructure attire l’investissement privé.

  • Stabilité politique et sociale :

Pour fonctionner d’une manière efficace, le secteur privé a besoin d’un environnement politique et social généralement propice. Les administrations publiques, le système judiciaire, les établissements scolaires ou hospitaliers sont autant d’institutions dont une société stable a besoin pour assurer le développement rationnel de l’économie.

  • Cadre juridique :

Les entreprises, comme la société en général, doivent fonctionner selon les principes du droit. Sans un cadre juridique adapté, servant à régler les litiges, à faciliter les opérations et à protéger les droits de propriété, il ne peut y avoir de secteur privé prospère.

  • Cadre directeur :

Même si elles ne visent pas directement le secteur privé, certaines actions gouvernementales peuvent en influencer l’expansion et la dimension. Des mesures appropriées d’appui au secteur privé sont absolument indispensables.

  • Accès aux ressources et aux services de soutien :

Les chefs et les dirigeants d’entreprise doivent avoir accès aux moyens de financement, à l’information et à différents services de soutien pour pouvoir créer des entreprises et les diriger d’une façon aussi efficace et compétitive que possible.

Il s’agit aussi de de faciliter l’accès aux capitaux pour les femmes entrepreneures aient davantage.

  • L’entreprise comme « partenaire égal » du gouvernement :

La participation du secteur privé à la coopération au développement n’est pas une nouveauté. Cette logique est sous-tendue par les concepts de « mobilisation par effet de levier » des financements privés au moyen du soutien public. Le plus souvent, l’objectif est d’améliorer le profil de « risque/ rendement » d’un projet afin de le rendre plus attrayant pour les investisseurs privés. La forme d’effet de levier la plus courante consiste en une garantie du gouvernement sur le risque de défaillance en ce qui concerne les crédits d’un projet d’investissement privé, ou sur les titres finançant le projet (par exemple, les obligations pour la construction d’infrastructures, les obligations « vertes », l’assurance-crédit aux exportations).

Le positionnement de l’économie privée par rapport à l’économie publique et l’économie collective :

Le secteur privé est un moteur de croissance économique et de génération de richesse. Toutefois, pour être efficace et agir au bénéfice des personnes, il doit s’inscrire dans le cadre d’une approche normative du développement – une approche qui garantisse des droits – et d’une vision où les gouvernements préservent leur rôle de leadership dans le développement. Sur ce point, l’agenda sur le secteur privé pour le développement est préoccupant.

Une implication du secteur privé dans un programme de développement orienté doit respecter les normes en matière d’efficacité de l’aide qui s’appliquent au secteur public et la priorité doit être accordée au soutien aux PME et à l’économie sociale ainsi qu’à la lutte contre l’économie informelle.

Le secteur privé doit se préparer pour les marchés de demain aux échelles sous-régionale et régionale, qui s’inscrivent dans la demande pour l’atteinte des Objectifs du Développement Durable, tout en contribuant à l’effort mondial de préservation de la Planète Terre.

In fine, Le nouveau modèle de croissance doit reposer sur de grands principes, à savoir :

  • La refonte des secteurs productifs à travers la lutte contre l’informel et les situations de rente et un focus sur les secteurs exportateurs ;
  • Il s’agit d’un recentrage du rôle de l’Etat sur sa mission de régulateur des marchés et de planification dans les territoires, ainsi que de la refonte structurelle, l’efficience de la dépense publique et la flexibilité ponctuelle du cadre macro-économique au profit de la relance ;

Le nouveau modèle doit reposer, enfin, sur la refonte des secteurs sociaux avec une coexistence intelligente et assumée du public et du privé dans des secteurs sociaux tels l’éducation et la santé.

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