Hicham ATTOUCH : ESS et développement autrement : opportunités pour le Maroc

Nouveau modèle de développement

Ateliers du 23 et 30 novembre 2019 Rabat

ESS et développement autrement : opportunités pour le Maroc

Dr. Hicham ATTOUCH : Président du Forum des Economistes Marocains

  1. Eléments de contexte

Depuis l’accession à l’indépendance et à ce jour, le Maroc s’est mis à la recherche d’un modèle de développement qui lui permettrait le décollage économique au sens de Rostow. Dans cette quête, les orientations et les choix et leurs modes d’adoption et d’exécution furent largement impactés par les stratégies des acteurs présents sur l’échiquier marocain : acteurs internes (Roi, parties politiques, syndicats…) et acteurs externes (Banque Mondiale, FMI, relations bilatérales et multilatérales avec des pays…).

Sur le plan économique, Deux grandes choix ont constitué la trame de fond du modèle de développement : la marocanisation -substitution à l’importation ; puis la libéralisation-privatisation-promotion de l’exportation. Le basculement entre les 2 choix fut accéléré par le fardeau de la dette et l’adoption du PAS jusqu’au discours de l’arrêt cardiaque. Juste après, c’est le regain d’intérêt à la planification. En effet, après l’indépendance cette dernière fut une tradition qui s’est éclipsée durant certaines périodes pour se ressusciter de ses cendres durant la période 2000-2004 avec le gouvernement de l’alternance. C’était le dernier plan, après lequel furent adoptés les stratégies et plans sectoriels qualifiés de non intégrés et non véritablement bénéfiques dans le cadre de l’ouverture de l’économie marocaine (CESE, 2014). Au même moment, le rapport cinquantenaire n’a pas eu l’intérêt qu’il fallait pour relancer la dynamique sociétale autour d’un nouveau projet de développement.

Par ailleurs, Le Haut-Commissariat au Plan (HCP, 2018), à titre d’exemple, n’a pas cessé depuis des années de tirer la sonnette d’alarme quant à l’essoufflement du modèle de développement fondée sur la demande interne. Malgré l’orientation vers la demande externe (Afrique Russie, Chine, Accords libre échange…) et l’amélioration de certains classements internationaux du Maroc (exemple : 53ème/190 GBM, DB 2020) la situation socioéconomique ne s’est pas véritablement améliorée : pauvreté, exclusion, chômage des diplômés, fuite des cerveaux…L’illustration apparente d’une telle situation est sans doute une richesse en croissance et des inégalités sociales et spatiales qui s’accentuent (constat déjà soulevé dans plusieurs pays par Thomas Piketty (2013).

 

  1. Pour une nouvelle trajectoire de développement

Avant de faire des propositions pour un développement autrement entre autres sur la base de l’ESS, il primordiale de rappeler des éléments fondateurs. Le modèle de développement doit être fondé sur un paradigme[1] clair.

La figure 1 récapitule les différentes facettes de développement galvaudées depuis 1952 (Tiers Monde, Alfred Sauvy) à ce jour.

Dans le même ordre d’idées, en lisant « Vers une économie à trois zéros » de Muhammad Yunus (2017), on retiendra 3 propositions majeures pour un développement autrement : émancipation des jeunes créatifs, libéralisation des technologies dans le sens d’une économie durable et la société pour tous afin de réduire les inégalités.

Ainsi, se développer nécessite une trilogie :

  1. Le recentrage sur l’Homme marocain et ses aspirations profondes ;
  2. Le respect et la mise en œuvre des valeurs fondamentales telles que : la libéré, l’équité, la dignité et la solidarité ;
  3. Et la concertocratie autour d’un projet de société.

 

L’ESS base de développement autrement

Du moment que sur les 6 dernières décennies, différentes formules de développement furent testées au Maroc il est temps de donner plus de place aux solutions plus hétérodoxes qui ont fait l’émergence de certains pays comme le Brésil ou renforcent l’hégémonie d’autres pays comme la Chine, les USA (ICA & EURICSE, 2018).

Nous synthétisons dans la figure 2 les ingrédients dont disposent les organisations de l’ESS et qui peuvent être à la base d’un développement autrement moyennant de libérer et encourager les initiatives citoyennes.

Donner une place de choix dans le processus de développement autrement aux OESS, nécessite au préalable l’adoption d’une loi-cadre ESS permettant la relance de la dynamique sociétale autour de ces organisations.

Par ailleurs une véritable dynamique des OESS est de nature à apaiser les inégalités et la concentration de la richesse et d’engendrer des échanges internationaux équitables.

 

  1. Mode de concertocratie

Le développement autrement exige toutefois, avant et pendant, un mode de concertocratie susceptible de créer un espace d’open innovation. La figure 3 récapitule notre proposition à ce niveau.

Il parait évident en partant des principes de l’ESS que le développement autrement ne peut être l’apanage d’un seul acteur isolé notamment l’Etat. Certes, ce dernier veille au respect des droits, des libertés et de l’acquittement des devoirs sans pour autant centraliser et canaliser tous les choix et les actions.

 

  1. Conclusion

A nos yeux, le dépassement des questions embarrassantes et fréquemment posées : où est la richesse ? Pourquoi les réformes économiques sociales répétées échouent-elles ? Comment admettre une croissance économique qui peine à résoudre de multiples fléaux comme le chômage, la corruption, les inégalités et la pauvreté en dépit des initiatives nationales ? … passe par des réponses claires à la trilogie du développement autrement.

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[1] Ensemble organisé d’idées concernant la conception sociologique de l’Homme, quelques valeurs fondamentales correspondantes ainsi que des finalités existentielles qui se matérialisent dans une pratique concrète (Martin A. & Lafleur M., 2009 ; Martin, 2016).

 

Bibliographie

Attouch H. et Nia H. (2014), « Gouvernance économique et exigences de développement au Maroc à l’heure du printemps arabe », in REMAREM n° 9-10, Janv-Déc. 2014, pp 515-532. https://revues.imist.ma/index.php?journal=REMAREM&page=article&op=view&path%5B%5D=3 544&path%5B%5D=2572 (consulté le 22 novembre 2019)

 

Attouch H. (2011), « Économie solidaire et développement humain territorial », in REMCOOP n°1,

 

ODCO, Avril, pp 69-79. https://www.academia.edu/23150602/%C3%89conomie_solidaire_et_d%C3%A9veloppement_hum ain_territorial (consulté le 22 novembre 2019)

 

CESE (2014), Cohérence des Politiques Sectorielles et Accords de Libre-Echange : Fondements stratégiques pour un développement soutenu et durable, Auto-Saisine n°16/2014 http://www.ces.ma/Documents/PDF/Auto-saisines/AS_16_2014-Coherence-des-Politiques-Sectorielles-et-ALE/Rapport-Strategies-Sectorielles-ALE-VF-23052014.pdf (consulté le 22 novembre 2019).

 

Groupe  de  la  Banque  mondiale  (2019),  Doing  Business  2020  :  maintenir  l’élan  des  réformes,

https://openknowledge.worldbank.org/bitstream/handle/10986/32436/9781464814402.pdf?sequence=24&is

 

Allowed=y (consulté le 22 novembre 2019).

 

HCP (2018), Présentation par Monsieur Ahmed Lahlimi Alami, Haut Commissaire au Plan de l’Etude sur le potentiel de diversification de l’économie marocaine et les nouvelles opportunités de sa croissance, Rabat, le 6 mars 2018, https://www.hcp.ma/Presentation-par-Monsieur-Ahmed-Lahlimi-Alami-Haut-Commissaire-au-Plan-de-l-Etude-sur-le-potentiel-de-diversification_a2123.html (consulté le 22 novembre 2019).

 

International Cooperative Alliance et EURICSE (2018), The world cooperative monitor 2018, https://www.ica.coop/sites/default/files/publication-files/wcm2018-web-1542524747.pdf (consulté le 22 novembre 2019)

 

Martin A. (2016), Le paradigme coopératif : une matrice philosophique dévoilant l’Homo cooperatus pour une oikonomia renouvelée, Thèse Doctorat en philosophie de l’Université Laval offert en

 

extension à l’Université de Sherbrooke, https://corpus.ulaval.ca/jspui/bitstream/20.500.11794/26582/1/30862.pdf (consulté le 22 novembre 2019)

 

Martin A. & Lafleur M., (2009) Le paradigme coopératif et le développement durable : une réponse nécessaire aux enjeux de la société d’aujourd’hui » in Conseil Canadien de la coopération et de la mutualité, 17 juin 2009, Institut de recherche et d’Éducation pour les Coopératives et les Mutuelles, Université de Sherbrooke.

 

Piketty T. (2013), Le capital au XXIe siècle, Editions du Seuil https://fernandonogueiracosta.files.wordpress.com/2014/05/piketty-thomas-le-capital-au-xxie-siecle.pdf

 

(consulté le 22 novembre 2019).

 

Sauvy A. (1952), « Trois mondes, une planète » in L’Observateur, 14 août 1952, reproduit Sauvy Alfred. Trois mondes, une planète. In: Vingtième Siècle, revue d’histoire, n°12, octobre-décembre 1986. Dossier : Retour au tiers monde. pp. 81-83; https://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1986_num_12_1_1516 (consulté le 22 novembre 2019).

 

Yunus M. (2017), Vers une économie à trois zéros, traduction Lebleu O., Editeur JC Lattès, 328 p.

 

 

 

 

 

 

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