Oumnia DIB : Les perspectives des villes nouvelles

Introduction

Aujourd’hui, la ville finit par perdre son attrait aux yeux des citoyens, qui éprouvent par conséquent des difficultés à se situer et à se repérer dans la totalité de la ville, ce qui creuse l’écart entre l’habitant et son espace. La création des villes nouvelles ambitionnait le retour à une« entente » entre l’habitant et son espace, malheureusement le résultat dévoile un décalage entre les objectifs et les réalisations. Comment alors envisager la programmation des villes nouvelles de demain pour rendre ces espaces conviviales et la construction d’un vivre ensemble ? Cette question est traitée selon les trois axes suivants :

  1. Pourquoi les villes nouvelles au Maroc ?
  2. Les objectifs, les caractéristiques et les dysfonctionnements.

III. Les perspectives des villes nouvelles

I- Pourquoi les villes nouvelles au Maroc

La ville, est un espace de vie, un espace d’investigation, un milieu d’échange de cultures, de production de richesses et un moyen de changement social. Cependant, l’aménagement des villes a été basé sur une répartition par fonction. Ce processus de zonage a entraîné une perte du sens de la globalité urbaine qui se traduit par l’inégalité d’accès aux équipements, l’existence de pratiques différentielles et de disparités d’aménagement. De même, la dynamique urbaine résultante de la croissance démographique et de l’exode rurale a conduit à des déséquilibres de l’espace urbain dont notamment l’habitat non réglementaire ou clandestin, des maisons menaçant ruines, ou encore des bidonvilles et la détérioration de l’ancienne médina. Avant 2012, date de l’adoption de la politique de la ville, la gestion des villes au Maroc n’a jamais fait l’objet d’une politique publique globale et intégrée, il a été toujours question des approches sectorielles (transport, logement, emploi, éducation…) sans coordination avec les différents acteurs. Les conséquences sont importantes notamment le sous-emploi, le chômage, la violence urbaine, la prolifération des bidonvilles…. C’est pourquoi les pouvoirs publics ont mis en place une nouvelle politique dénommée «Villes nouvelles».

  1. Les objectifs, les caractéristiques et les dysfonctionnements des villes nouvelles

Au milieu des années 2000, le Maroc s’est lancé dans une politique de création de « villes nouvelles» comptant une quinzaine de villes nouvelles en projets ou déjà réalisées répartis à proximité des grandes villes telles que Tamansourt, Tamesna, Lakhyayta, Chrafate, etc. Les villes nouvelles ont développé à la fois une planification et une organisation spatiale globale et devraient disposer de tous les équipements nécessaires. Rappelons que leurs finalités étaient d’accompagner la dynamique de développement territorial, de maîtriser l’urbanisation autour des grandes agglomérations, de rétablir les équilibres spatiaux, de réguler le foncier, et de résorber le déficit en logements, en équipements et en d’activités. Mais la plupart des dysfonctionnements associés aux villes nouvelles ne conduisent pas aux résultats escomptés, pour la simple raison, que ces villes sont considérées comme des grands lotissements résidentiels ne disposant d’aucun cadre juridique et institutionnel. En plus, d’autres problèmes liés à la faiblesse des réalisations des équipements, tels que, les transports, la sécurité et l’éducation, finissant par créer des foyers d’exclusion et de marginalisation. Or les villes nouvelles ne devraient-elles pas être un cadre de vie harmonieux et attractif et favoriser la mixité sociale ? Ou bien c’est l’opportunité de la construction d’un vivre ensemble ?

III. Perspectives des villes nouvelles

Si demain, le Maroc décide de s’engager dans la politique des villes nouvelles et pour conduire un raisonnement orienté vers l’avenir, il est envisagé de construire un nouveau modèle de villes nouvelles qui devrait concevoir la ville en tant qu’un programme uniforme qui fédère l’intégration des différents départements ministériels impliqués ainsi que les partenaires concernés au niveau national et local. Une démarche différente qui s’appuie sur un aménagement structurant, sur un partenariat public-privé et sur une intégration équilibrée. De ce fait, il est souhaitable d’opter pour un changement de méthodes en s’appuyant sur un certain nombre d’actions à travers les six piliers suivants :

  1. Une bonne connaissance des territoires des villes nouvelles

Tout territoire est susceptible d’être affecté par les changements qu’il subit. Ainsi, l’évolution démographique constitue l’élément fondamental qu’il faudrait prendre en considération pour agir sur les autres domaines tels que la création de la richesse, de la promotion de l’emploi, de la mobilité géographique. Par conséquent, une mauvaise gestion de ces phénomènes conduirait à l’aggravation des inégalités territoriales et à une croissance urbaine non inclusive, ce qui représente une contradiction avec les objectifs des villes nouvelles. Pour épargner ce résultat, il faudrait au préalable avoir une bonne connaissance des phénomènes sociaux et envisager leur évolution en vue de contrecarrer leurs retombées éventuelles sur les grands équilibres sociaux et leurs impacts sur les villes nouvelles. Or ignorés ces éléments, lors de la programmation, ne peut que mener à l’amplification des inégalités sociales et par conséquent à une croissance non inclusive et un développent territorial inégal.

  1. La consécration de l’objectif de mixité

Il est question ici de développer une approche en vue d’intégrer les couches défavorisées, éviter la marginalité et retourner aux valeurs de solidarité. Parler de la ville c’est dire que c’est un espace de vie et la population de cette ville doit avoir un cadre de vie agréable ou il n’y a pas uniquement l’habitat mais il y a également toutes les infrastructures qui doivent les accompagner en termes d’équipements, en termes d’espaces verts, en termes d’activités économiques, en terme de mixité sociale, donc cette vision intégrée de la ville. Il ne s’agit pas seulement de loger mais également de s’attaquer aux fondements de l’exclusion d’où le concept de « vivre ensemble »

  1. Un territoire de création de richesse et d’innovation

L’objectif est d’axer l’effort de développement vers une meilleure intégration de la population aux nouveaux modes de fonctionnement de la société. Une attention particulière devra donc être portée à l’éducation des jeunes, à moins de voir les nouvelles générations arriver sur le marché de l’emploi sans instruction ni qualification, renforcer les conditions de l’accès aux services de santé et rechercher de nouvelles sources de revenus pour une amélioration des conditions de vie. En effet, la population est aussi une ressource créatrice et cette créativité constitue un actif que les sociétés doivent exploiter à travers la revercher de nouvelles sources de revenus pour. Egalement, par la création de l’emploi, et d’innovation dans le domaine de l’industrie et de la recherche scientifique.

  1. Sauvegarder la sécurité territoriale

La ville nouvelle constitue une action urbaine complexe dont les risques d’échec peuvent avoir un coût social et économique lourd. Dans ce cadre, la programmation des villes nouvelles de demain doit se faire en dehors des zones d’agriculture. En effet, sauvegarder la sécurité territoriale c’est stopper la spéculation foncière au détriment de la sécurité alimentaire. A cet effet, la ville nouvelle de demain doit s’écarter d’une part, de la logique de spéculation des groupes et des particuliers, d’autre part, des valeurs de la mondialisation qui mettent en concurrence la compétitivité des territoires et considèrent l’urbanisation comme le moteur de développement, le sacrifice des espaces agricoles pour le développement ce qui suscite des interrogations sur le vécu des agriculteurs.

  1. La qualité de l’accessibilité

Parmi les finalités des villes nouvelles c’est de répondre à l’objectif de planification, dépassant la seule logique d’habitat, visant à faire émerger des centres urbains plurifonctionnels. Cet objectif ne peut être réalisé que si ces espaces sont bien desservis par les réseaux de communication routière et ferroviaire. Grace à l’accessibilité, la fonction de centralité des villes nouvelles peut se former au-delà de leur périmètre et rayonner sur d’autres territoires. En effet, l’attractivité des villes nouvelles est dépendante d’une accessibilité performante car la qualité de desserte en infrastructures de transports, en commun et en automobile, facteur d’attractivité pour les entreprises comme pour les ménages, est un moyen de réussite indispensable de ces villes.

  1. Vers le dessein d’un développement territorial

Le développement territorial mis en œuvre au Maroc depuis quelques années, repose sur une stratégie du développement social intégré élaborée en concertation avec les différents acteurs du développement sur la base de nouvelles approches axées sur les droits humains et la bonne gouvernance.Il est plus qualitatif que quantitatif, il vise essentiellement le bien-être et le mieux-être de l’individu. D’où l’importance de créer les conditions favorables à l’épanouissement de l’individu. De ce fait, chaque ville nouvelle est appelée produire ou forger son identité en fonction de ses atouts, de ses potentialités, de ses possibilités. Il en résulte qu’il n’y a pas de modèle unique de villes nouvelles, ce qui suscite la recherche et l’innovation en faveur du développement territorial. En outre, le tissu associatif marocain fonctionne comme un moyen d’intégration sociale qui atténue les phénomènes de la marginalité et de l’exclusion. Il est important d’encourager la participation de société civile en tant que nouveaux modes de gestion des villes, à côté des acteurs locaux.

Conclusion

Le développement territorial par les villes nouvelles est un défi de taille. Ses enjeux sont essentiellement le vide juridique en matière de la création et la gestion des villes nouvelles, la livraison des logements et des équipements les accompagnant,  la concertation avec les acteurs locaux et les bénéficiaires du projet, l’incitation au recours aux syndics professionnels pour la gestion des zones résidentielles dans leur ensemble et la mobilisation des associations de quartier afin de sensibiliser les habitants des règles de la copropriété  et les affaires courantes. Alors que la question reste toujours posée : Quelles sont leurs propositions, novatrices et réalisables, pour offrir au plus grand nombre un cadre de vie respectable, où il fait bon de « vivre ensemble » ?

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