Sciences sociales et débat public

A plusieurs occasions, il a été observé qu’en dépit de grandes ruptures, des sortes de tremblements, des effondrements majeurs, et qui s’opèrent sous nos yeux, nombre d’acteurs continuent à se comporter comme si de rien ne changeait, comme si les choses restaient en l’état. Pourtant à chaque fois pour les social-scientifiques la question s’est posée de savoir si l’on pouvait continuer à pratiquer les sciences sociales après des événement vraisemblablement déterminants, des faits de la taille de ceux que nous avons vécu au cours des dernières décennies comme on le faisait avant leur irruption (la fin de la Guerre Froide, les guerres de Bush père et fils au Moyen-Orient, le 11septembre et ses suites, ..) ? Les concepts, les hypothèses, les paradigmes, les approches, les thèses d’avant les séismes, sont-elles à même de permettre de saisir les réalités de l’après ? Faut-il alors se taire, en attendant de mieux cerner le sens des évolutions ?

La question s’est posée au cours des derniers mois et continue à se poser de savoir si l’on peut pratiquer les sciences sociales autour de nos réalités comme on le faisait avant le dit « printemps arabe ». Y a-t-il un après ce que beaucoup appellent la quatrième vague démocratique ? L’incertitude sur la saisie de ses composantes, le décryptage de ses contenus, la compréhension des causes, de ce qui a cours comme faits, et des perspectives à venir est grande dans ce type de situations.

Au-delà des événements politiques, économiques, sociaux, culturels, idéologiques, et qui concernent plus ou moins directement, une nouvelle interpellation de nos pratiques social-scientifiques reste aujourd’hui à l’ordre du jour. Elle s’impose aussi bien aux chercheurs individuels, au sein de groupes de recherche, aux structures de type académique de différentes nature, des think-tanks… Rappelons que depuis les guerres américaines au Moyen-Orient, nous avions toujours soit ralenti la publication des périodiques du CERSS, soit nous les avons suspendu, pour prendre le temps de la réflexion. Nous voulions que les choses s’éclaircissent davantage avant de formuler des lectures. Aujourd’hui, face à des tremblements de terre comme ceux représentés par l’ensemble des événements du dit « printemps arabe », pouvions-nous nous comporter autrement ?

Un voile épais d’ignorance entoure toujours les événements liés à cette tempête, mais la distance nous en séparent est plus propice à l’examen serein, les explorations du phénomène en termes de sciences sociales se sont aussi accumulées, de nombreuses hypothèses ont été avancées, des récits ont été élaborés, des théories ont été formulées, des travaux passionnants ont été menés.. Après la forte secousse qui nous a mis en plein désarroi, nous ne sommes plus dans les effets de la surprise, l’étourdissement, l’éblouissement, la condamnation…
Aujourd’hui, les faits reprennent leurs justes proportions. Les sciences sociales peuvent reprendre leur modeste et patient travail de production de la connaissance.

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